Lettre de Jean-Claude Gaubert, porte-parole du consistoire Soka du bouddhisme de Nichiren

Le 14 juin 1989, Daisaku Ikeda, président de la Soka Gakkai internationale, prononça un discours intitulé « Art et spiritualité en Orient et Occident ».

Trente ans après cette intervention, son contenu prend de plus en plus de sens. En effet, dans une société mondialisée et consumériste, la nature spirituelle profonde de l’être humain ainsi que son rapport à l’environnement tentent à s’estomper, voire à disparaître.

La présence d’un maître bouddhiste japonais au sein de l’Institut de France illustre de manière significative ce passage d’un poème de son discours : « L’Orient et l’Occident doivent se marier sur l’autel de l’humanité. »1 Ce discours est un hymne à la vie et à son dynamisme. Il contient des principes fondamentaux concernant la vie humaine et son rapport à l’univers, ainsi que le lien entre l’expression artistique et la spiritualité.

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible », disait Paul Klee.2 L’art, sous toutes ses formes, expression de l’esprit humain, symbolise une réalité essentielle. « (...) L’âme de l’artiste tend à rejoindre, à retrouver cette réalité essentielle que l’on pourrait appeler la vie universelle. »3

Ce texte de notre maître nous rappelle des principes essentiels enseignés dans le bouddhisme, tels que l’unité entre l’homme et la nature, l’expression humaine artistique comme « pouvoir de synthèse » qui relie art et religion, ou la relation entre l’homme et l’univers. Des aspects communs à l’Orient et à l’Occident, où l’art prend tout son sens quand il est intégré dans un « champ » au cœur de la vie quotidienne.

À travers ces paroles très inspirantes et stimulantes, nous ressentons que la vie est une force, une énergie vitale, un dynamisme, que Daisaku Ikeda appelle « vie créatrice », qui jaillit à chaque instant. La vie est créatrice, l’être humain est créatif. Pour nous, pratiquants du bouddhisme de Nichiren, cette expression prend tout son sens dans l’appellation du mouvement Soka4, un « mouvement pour la création de valeurs ».

Le Sûtra du Lotus exprime la manifestation de cette énergie par l’apparition des « bodhisattvas sortis de la terre »5 : « Quand le bodhisattva Pratiques-Supérieures a émergé de terre, ne l’a-t-il pas fait en dansant ? »6 écrit Nichiren. Toutes les dimensions de la vie humaine sont contenues dans le développement dynamique de cette « vie créatrice ». Daisaku Ikeda nous fait ressentir qu’à la base de la « vie créatrice » réside la nature de bouddha, l’énergie vitale, qui « représente une source de bienveillance [et] la force motrice de la réalisation de la paix... »7

« (...) Il est une source généreuse
qui soudain, des profondeurs marines,
jaillit d’un flot puissant
plus vaste et plus bleue qu’un lac immense
une eau vive qui court sous la terre
nous berçant de sa musique enchanteresse. (...) »
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Publié dans Valeurs humaines n°104, juin 2019.


Notes

  • 1. Voir dans Valeurs humaines n°104, p. 24.
  • 2. Paul Klee (1879-1940), peintre allemand (voir Valeurs humaines, juin 2016, p.30).
  • 3. Voir dans Valeurs humaines n°104, p. 18.
  • 4. Le mot japonais soka signifie « création de valeurs ».
  • 5. Dans le chapitre XV du Sûtra du Lotus, des bodhisattvas surgissent de terre. Shakyamuni leur confie la mission de transmettre le Sûtra du Lotus.
  • 6. Lettre à Akimoto, Écrits, 1026.
  • 7. Daisaku Ikeda, La Nouvelle Révolution humaine, vol. 4, chap. 5, Acep, p.321.
  • 8. Voir dans Valeurs humaines n°104, p. 18.
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