François Cheng, Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, Albin Michel, 2013.

Comment aborder le sujet de la mort sans pour autant ne considérer que l'aspect tragique de la destinée humaine ? Dans Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, François Cheng offre une approche qui reconnaît la juste place de la mort dans notre vie et donne à celle-ci tout son prix.

Parti d’une réflexion entre amis sur la destinée humaine et le constat inéluctable de notre mort, François Cheng pose les questions fondamentales qui nous interpellent : d'où vient l’univers, d’où venons-nous ? Pourquoi notre vie se termine-t-elle par la mort ?

Cherchant une réponse dans le taoïsme, il choisit de se situer du côté de l’« ordre de vie » pensant que la mort est plutôt un passage vers un ailleurs cependant difficile à imaginer, et que d’un grand vide peut naître un grand tout. Contrairement au regard d’une certaine société, tournée vers le culte de l'apparence et de la jeunesse, et qui a tendance à éviter le sujet de la fin de vie, il décide de regarder ce problème existentiel en face et nous conseille de faire de même, afin de conjurer notre peur.

Il rappelle que, si le phénomène de la mort reste un mystère, nous en connaissons certains aspects à travers celle de proches disparus, nous faisons l’expérience du « non-être ».

Refusant la vision pessimiste d’une destinée sans aucune cohérence, il nous propose d’imaginer que notre vie est éternelle et que le temps n’existe plus : tout ne serait alors que répétition. Ainsi, observe-t-il, le temps est indissociable de notre vie et donc de notre mort. Il nous permet de construire notre vie, et de devenir ce que nous devons être. Plutôt que de faire le chemin allant de la vie à la mort, il évoque l’idée de faire le chemin inverse, en regardant notre vie en fonction de notre propre mort. Il met en avant la spécificité de chaque être humain, et la noblesse qu’il y a à forger son destin en se tournant vers la vie. Une constatation proche de la notion de révolution humaine.

Il ne manque pas d’exprimer sa gratitude envers les ancêtres qui nous ont précédés dans la mort et envers ceux qui nous ont protégés au cours de notre vie: amis, médecins, savants, ainsi que le sacrifice de certains pour que nous vivions dans un monde en paix.

À l’encontre d'une vision dramatique de l’existence, cet essai offre une réponse pleine de sagesse et de sérénité, au sujet existentiel majeur qui nous préoccupe tous. Et de conclure : « J’ai réglé mes comptes avec la vie, je veux dire l'éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; car regarder la mort en face et l'accepter comme partie intégrante de la vie, c’est élargir cette vie. Cela semble un paradoxe, mais, en excluant la mort de la vie, on se prive d’une vie complète, et, en l’accueillant, on élargit et on enrichit sa vie. » A méditer...

Valeurs humaines n°41, mars 2014, p. 28.

Bio express

Poète, romancier et calligraphe, François Cheng est né à Nanchang, en Chine, le 30 août 1929. Il obtient le prix Fémina en 1998 pour son roman Le Dit de Tiangi, et le Grand Prix de la Francophonie pour l'ensemble de son œuvre. Il est membre de l'Académie française.

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Commentaires   
0 #1 Vienne-Villacampa 13-06-2015 17:24
C'est un livre aussi précieux que Le petit prince ou Lettres à un jeune poète. La mort, abordée par un poète philosophe tel que François Cheng est une méditation à laquelle il nous convie très clairement.
Depuis sa parution, F. Cheng a pu participer à des échanges publics et médiatiques de grande valeur avec d'autres personnalités (philosophes entre autres). C'est une chance pour ses lecteurs et ses auditeurs.
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