Patrick Viveret, Comment sortir des logiques guerrières ?, Editions de la rue d’Ulm, 2008.

Dans Comment sortir des logiques guerrières ?, Patrick Viveret propose des éléments de réflexion et d'action face au fondamentalisme marchand.

Pour l'auteur, la dérive vers le fondamentalisme marchand a débuté lorsque la distinction entre économie de marché et société de marché a commencé à s'estomper.

Dans l'ordre économique, coexistent l'économie publique de redistribution, l'économie du don et l'économie de marché. Quand l'économie de marché sort de son lit, elle inonde et marchandise les liens humains fondamentaux comme les liens filiaux, l'amitié, l'amour, le débat et la recherche de sens. En passant d'une économie de marché a une société de marché, la substance même des liens politiques, des liens de réciprocité ou de sens se trouvent attaqués, même si une relative prospérité peut faire illusion, durant une période limitée, ces liens évoluent de manière régressive, Ainsi, la politique régresse vers la guerre et la recherche de sens vers la quête identitaire ou nationaliste.

Sans régulation par les États-nations, cette marchandisation de tous les domaines fait de l’économie spéculative, au détriment du travail, la principale source de richesse. Cela déstabilise peu à peu les membres des classes moyennes, et renforce chez eux une tendance émotionnelle à se retourner contre les plus faibles. La guerre économique se transforme alors en guerre sociale, et la peur offre un chemin tout tracé aux dirigeants autoritaires qui proposent des solutions simplistes et des boucs émissaires.

Selon Patrick Viveret, notre problème ne vient pas de la rareté des biens mais plutôt de leur abondance. Et c'est le mal-être issu d'une dépression nerveuse collective qui nous empêche de gérer cette abondance. Ce mal-être, dont une des manifestations est l'avidité, nous entraîne à créer artificiellement de la rareté, et, par conséquent, à nous engouffrer dans cette guerre économique.

En rappelant que concurrence signifie, étymologiquement, courir ensemble, au sens d'une émulation coopérative, l'auteur propose la mise en œuvre de stratégies non violentes à l'échelle de la société civile mondiale, afin de remette l'économie de marché dans son lit.

Fondamentalement, l'homme aspire au bien-être, qu'il exprime par le désir de beauté, de paix et de sérénité dans son rapport à la nature, à autrui et à lui-même. Cependant, notre soif de bien-être reste enfouie sous notre servilité au mal-être, qui se manifeste par les budgets démentiels que l'humanité consacre à la guerre, à la toxicomanie et à la publicité. Nos désirs d'être sont convertis en désirs d'avoir. Patrick Viveret considère que seules des stratégies transformatrices, organisées autour de la force illimitée du désir de bien-être peuvent constituer une réponse positive au mal-être général issu de notre misère affective et spirituelle.

Ainsi, au cours de cette lecture, l'auteur nous amène progressivement à nous questionner sur le sens du bonheur personnel.

Conseiller à la Cour des comptes, philosophe, Patrick Viveret a aussi publié en 2001 un rapport sur les nouveaux facteurs de richesse : Comment sortir des logiques guerrières ?

Quatrième de couverture

Quand les logiques de guerre économique font éclater en profondeur le tissu social, on se trouve rapidement confronté à une guerre des sens, une guerre de religion, une guerre de civilisation, voire une guerre tout court. Et il est d'autant plus important de repérer aujourd'hui la nature des enchaînements guerriers qu'ils se sont déjà produits dans l'histoire...
Patrick Viveret présente des stratégies alternatives aux logiques de guerre en reconsidérant les liens entre les logiques de guerre économique et de guerre sociale. Car ces logiques actuellement à l'oeuvre ne sont pas, contrairement à ce que certains prétendent, celles de l'économie de marché régulée, de la concurrence, voire de la compétition : ce sont vraiment des logiques guerrières.

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Commentaires   
0 #1 Vienne 04-07-2015 15:35
Allez voir le film EN QUÊTE DE SENS: il dit la même chose, en images et par le biais d'une expérience vivante.
C'est un film citoyen, réalisé sans producteur, financé par les internautes et quelques sponsors.
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