Esther Duflo à Pop!Tech 2009. [Wikimedia-CC]

Le livre Repenser la pauvreté, que l’économiste française Esther Duflo a cosigné avec son collègue, l'indien Abhijit V, Banerjee, a attiré les louanges de la critique à sa sortie, en 2012.

Considérée aujourd'hui comme l’une des plus douées de sa génération, Esther Duflo devient, vingt-neuf ans, professeure associée au MIT (Massachussets Institute of technology). Là-bas, elle participe la fondation du J-PAL (Jameel Poverty Action Lab), laboratoire qu’elle codirige et qui promeut des actions contre la pauvreté. A trente ans, elle détient la chaire de l'« Économie du développement et de réduction de la pauvreté » du MIT.

Consultée par de nombreuses ONG, entreprises et gouvernements, elle reçoit, en 2005, le prix du « meilleur jeune économiste de France », puis, en 2009, devient titulaire de la chaire « Savoirs contre la pauvreté » du Collège de France. A presque trente-huit ans, elle reçoit la médaille John Bates Clark, qui annonce souvent le prix Nobel d’économie. En 2010, le magazine américain Foreign Policy la classe 38e dans sa liste des 100 penseurs globaux (global thinkers) et en avril 2011 le Time (américain) la fait figurer (54e) sur sa liste des 100 personnes les plus influentes du monde.

Repenser la pauvreté, en remettant en cause les paradigmes sur lesquels nous la jugeons : « ...nous nous sommes attachés à étudier les plus pauvres à l'échelle mondiale... » « Nous avons ainsi parcouru les villages et les ruelles où vivent les pauvres, pour poser des questions et collecter des données. (…) Il paraissait impossible de faire entrer ce que nous avions vu et entendu dans les modèles simples que les économistes du développement et les concepteurs de politiques publiques utilisent traditionnellement pour penser la vie des pauvres. Bien souvent, les faits nous contraignaient à amender, voire à abandonner, les théories avec lesquelles nous étions partis. »

Josei Toda disait qu’il voulait bannir le mot « misère » du monde ; ce livre nous fait avancer dans la compréhension de notre temps et d’une des impuretés de l'époque qui le conditionne.

Pourquoi un pauvre dépense-t-il son argent à acheter télévision, téléphone portable et autres gadgets de ce genre, alors qu’il sait que sa famille na pas assez à manger ? Dans cet ouvrage, les auteurs nous démontrent la rationalité et l’utilité de ces achats. Le même éclairage pertinent court tout au long du livre sur des questions comme la santé, l'école (les enfants des pauvres peuvent aller à l'école pendant plusieurs années sans rien apprendre), les familles nombreuses, les institutions financières, économiques et politiques.

Le livre se conclut pourtant sur une note optimiste, même si les auteurs gardent un regard mesuré quant aux experts qui se penchent sur les questions de développement.

Constat implacable et réaliste d'un phénomène prégnant de notre époque et contre lequel, depuis quelques siècles, le monde contemporain lutte avec des résultats parfois encourageants. On aurait souhaité que les auteurs donnent une tout autre ampleur à la question de la faim, sans tomber dans le « piège de la faim ». Le brûlot de Jean Ziegler Destruction massives – Géopolitique de la faim peut prolonger utilement cette lecture.


Valeurs humaines n°21/22, juillet-août 2012, p. 61.

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