Mobilisation des troupes, août 1914. [DR]

Déclarée il y a cent ans, la guerre qu'on avait « der des der » est particulièrement meurtrière. Le conflit s'étend au monde entier. Sa commémoration marque la nécessité d'en transmettre la mémoire, en hommage à ceux qui vécurent cette tragédie et firent le sacrifice de leur vie.

Ils étaient jeunes, la plupart issus des milieux ouvriers ou agricoles. Ils sont partis, non pas la fleur au fusil, mais avec toute l'innocence de leur âge. Des millions d'êtres humains ne sont jamais revenus. À Verdun, sur le Chemin des Dames1, ils ont connu le pire, la faim, le froid, la peur. Ils ont vu leurs camarades tomber, criblés de balles par des feux nourris. Dans les tranchées, ils ont laissé leurs espérances, leur détresse. Ceux qui ont fini par rentrer chez eux ont traîné toute leur vie des séquelles, des nuits sans sommeil, des cauchemars peuplés de cris de douleur et de chair déchirée. Autant de blessures qui ne se refermeront qu'avec leur mort.

On oublie Souvent que 1914 inaugure la première guerre technologique. Sur le front, les innovations technologiques et mécaniques sont largement expérimentées. Parmi elles : l'aviation, la téléphonie, la photographie aérienne, la grenade, les canons antiaériens, les chars de combats, le lance-flammes, la mitrailleuse et... l'intelligence scientifique employée à l'élaboration d'une redoutable combinaison chimique : les gaz asphyxiants.

Tensions en Europe

Dans le contexte géopolitique de l'époque émerge une véritable course aux armements que se livrent plusieurs pays. Pour sa part, l'Allemagne veut montrer sa supériorité face à sa concurrente économique, la Grande-Bretagne : elle développe sa flotte de guerre. Un climat de tension s'accroît.

L'Europe est alors divisée en deux blocs antagonistes. D'un côté, la France et ses alliés, l'Empire russe et la Grande-Bretagne, forment la Triple-Entente. De l'autre, les puissances de la Triple Alliance composée de l'Empire d'Allemagne, de l'Empire d'Autriche-Hongrie et du royaume d'Italie. À la suite des guerres balkaniques, toute la région des Balkans est un point chaud. Pour des raisons d'influence politique, économique et territoriale, la Serbie bénéficie de la protection russe, les Croates, les Bosniaques et les Slovènes sont Sous la domination de l'Empire austro-hongrois.

Une étincelle provoque cette guerre : le 28 juin 1914, un jeune nationaliste serbe de Bosnie assassine l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, et son épouse. Aussitôt, l'Autriche-Hongrie, encouragée par l'Allemagne, fait valoir ses exigences de vengeance à l'encontre du royaume de Serbie.

Vers le conflit mondial

Les alliances sont activées. Ce qui va obliger plusieurs puissances européennes à s'engager sur la voie de la guerre. Avec des nations qui sont à la tête d'empires s'étendant sur plusieurs continents, le conflit s'amplifie et prend une dimension mondiale. La France y voit l'occasion de récupérer l’Alsace-Lorraine.

Seules quelques nations européennes, comme les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, le Danemark, la Norvège, la Suède, le Lichtenstein et Monaco restent neutres. Certaines d'entre elles participeront tout de même aux efforts de guerre des protagonistes, financièrement ou matériellement.

On prévoit que la « Grande Guerre », comme la nomment les journaux sera courte et rapide. Mais le conflit s'enlise. Fin 1914, aucune victoire n'est décisive. Les fronts s'immobilisent et la guerre prend alors le visage d'une guerre de position. Au fond des tranchées, les soldats subissent des bombardements dans des conditions de plus en plus difficiles. La boue, le manque d’hygiène, les privations et les blessés qu'il faut toujours rapatrier dans l'urgence, et souvent sous les bombardements, constituent la vie quotidienne des soldats.

Les tentatives d'offensives se révèlent meurtrières. Les quelques essais de percées, comme celle de 1915 en Artois, échouent. L'année 1916 est marquée par la terrible bataille de Verdun. Au sein des troupes, découragement et lassitude entraînent mutineries et désertions. Des soldats sont fusillés pour l'exemple.

1918, l’armistice

1917. Le tournant : entrée en guerre des Alliés, à commencer par les États-Unis. La contre-offensive de l’Entente, soutenue par la logistique des Alliés en forces humaines et en appui matériel, dirigée par Foch depuis mars 1918, est victorieuse. Le 11 novembre 1918, l'Allemagne doit signer l'armistice à Rethondes, près de Compiègne, deux jours après l'abdication de l'empereur Guillaume II, tandis que la Turquie et l'Autriche-Hongrie ont déjà cessé les combats.

Le bilan en pertes de vies humaines est considérable. Militaires et civils confondus : 18,6 millions de morts. Sur le front ouest, la moitié des corps des Soldats n'ont pas été retrouvés ni identifiés. Le nombre d'invalides s'élève à 6,5 millions, dont 390 000 mutilés à 100%. La violence des combats et l’usage d'armes nouvelles ont provoqué des blessures physiques souvent irréversibles, notamment au visage. En France, plusieurs centres de soins sont ouverts. Grâce aux progrès de la médecine et de la chirurgie réparatrice, des médecins oeuvrent pour sauver des vies et redonner une figure humaine à ceux que l'on surnommait les « gueules cassées ».

Des sociétés meurtries

À la fin de la guerre, l'économie est affectée : d'immenses espaces ruraux sont saccagés et les infrastructures détruites. Veuves, orphelins et invalides représentent un coût important pour les États. Restent des sociétés meurtries et vieillissantes, car de nombreux hommes ont péri en pleine force de l'âge. Sur le plan culturel, la guerre a également décimé des transmetteurs de valeurs intellectuelles notamment, pour la France, des écrivains, penseurs ou poètes comme Ch. Péguy, A. Fournier, E. Psichari, G. Apollinaire...

Désormais, quatre puissances décident du destin de l'Europe : la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France et l'Italie. On veut que cette guerre soit la « der des der ». On passe de 18 à 26 États qui cherchent à concilier deux principes contradictoires : punir les vaincus et affirmer la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Valeurs humaines n° 49, novembre 2014, p. 32-33.

Notes

  • 1. Le Chemin des Dames, route située dans l'Aisne, entre Laon et Soisson. Ce lieu est entré dans la mémoire collective pour avoir été le théâtre de batailles meurtrières pendant la Première Guerre mondiale.

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