Pêcheurs kenyans voguant sur le lac Victoria.

Le Bouddha est caractérisé par sa profonde sagesse et la sagesse est au cœur du bouddhisme. Pourtant, c’est une notion vague, difficile à décrire et d’autant plus difficile à atteindre.

Comment devient-on sage ? Est-ce que c’est quelque chose que nous pouvons développer activement, ou devons-nous simplement attendre de nous assagir avec l’âge ?

Sagesse et connaissance

Cette notion, peut-être parce qu’elle est floue, a perdu de sa valeur à notre époque, qui tend à mettre l’accent sur l’acquisition d’informations et de connaissances. Josei Toda, deuxième président du mouvement Soka au Japon, remarquait que la confusion entre connaissance et sagesse était l’un des plus grands dérèglement de la société contemporaine.

Cette critique semble justifiée au vu du développement scientifique et technologique sans précédant, au cours du siècle dernier. Alors que ce développement a permis à l’humanité, dans une certaine mesure, de palier à certains de ses maux, il a également accru de façon alarmante sa capacité de destruction.

Josei Toda comparait la relation entre la sagesse et la connaissance à une pompe à eau : une pompe qui ne remonterait pas d’eau – autrement dit, la connaissance sans la sagesse – est tout à fait inutile. Bien entendu, Il ne s’agit pas ici de nier l’importance de la connaissance. Mais il est certain que celle-ci peut être utilisée soit pour le bien, soit pour le mal. C’est la sagesse qui oriente la connaissance vers le bien, c’est-à-dire, la création de valeurs.

Un clair miroir

Les enseignements bouddhiques, tels que le principe des cinq sortes de sagesse, décrivent et analysent en détail la dynamique de la sagesse et comment celle-ci se manifeste à différents niveaux de conscience.

Lorsque la sagesse fonctionne dans notre vie, elle a pour effet de nous permettre de dépasser nos manières habituelles de voir et de parvenir à une perspective nouvelle et plus complète de la réalité. Nous sommes alors capables de porter un jugement plus équilibré, de percevoir l’essentiel d’une situation et d’orienter le cours des choses vers la meilleure issue pour tous.

Aussi, le bouddhisme compare la sagesse à un clair miroir qui reflète parfaitement la réalité, telle qu’elle est. Ce que nous montre ce miroir est la relation d’interdépendance qui existe entre toute vie. La sagesse dissipe l’illusion d’un soi séparé des autres et nous éveille à l’égalité fondamentale entre toutes les formes de vie.

La sagesse bouddhiste nait de la bienveillance

Le terme « bouddha » décrit une personne qui peut manifester librement sa sagesse inhérente. D’où provient cette sagesse ? La sagesse du bouddha jaillit de sa profonde bienveillance.

Le bouddhisme voit toute chose, et la vie elle-même, comme une expression de la bienveillance universelle – un entrelacement de phénomènes interdépendants, donnant naissance et nourrissant la vie dans toutes ses merveilleuses manifestations. Dans cette perspective, le but de la vie humaine est de devenir un participant actif dans ce fonctionnement bienveillant de l’univers, d’enrichir et de contribuer à la dynamique créatrice de la vie.

Par conséquent, c’est lorsque nous agissons avec bienveillance que notre vie entre en accord avec la force de vie universelle et manifeste sa sagesse inhérente. L’action d’encourager les autres et de partager l’espoir autour de soi nous éveille à un soi plus vaste et plus libre, transcendant les limites étroites de notre ego. Sagesse et bienveillance sont ainsi inséparables.

Faire jaillir sa sagesse inhérente

Un des principes centraux de la pratique bouddhiste est la maîtrise de soi, l’effort de « devenir maître de son cœur »1. Cela implique que plus nous nous efforçons de développer un esprit altruiste, plus la sagesse du bouddha s’éveille en nous, et plus nous sommes en mesure d’orienter toute chose – notre talent, nos connaissances, ainsi que toutes les aspects particuliers de notre personnalité – vers la création du bonheur pour soi et les autres.

Lors d’un discours à l’université de Tribhuvan au Népal, en 1995, Daisaku Ikeda observait : « Etre maître de son cœur signifie cultiver la sagesse qui réside dans les tréfonds de notre vie. Cette sagesse jaillit de façon intarissable lorsque nous sommes motivés par la détermination bienveillante de servir l’humanité, de servir le peuple. »

Pour que le cours de l’histoire humaine change, passant de la division et du conflit à la paix, soutenue par une éthique du respect de la dignité de la vie, les êtres humains eux-mêmes doivent changer. La mise en pratique de la sagesse bouddhiste peut sans doute servir de base à un tel changement.


Traduction libre de l’article Wisdom, SGI Quarterly, janvier 2003.

Quand la réalité est le lit d'une rivière infiniment large et profonde, les eaux de la sagesse s'écoulent sans fin.
Nichiren Daishonin, Mise en garde contre l'offense à la Loi (L&T-1, 181).


Note

  • 1. Phrase tirée du Sûtra Rokuharamitsu, ou Sûtra des Six Paramita, que Nichiren cite en de multiples occasions dans le Gosho.

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Commentaires   
+7 #4 foucault alain 18-02-2012 21:07
Tout conflit est issu de notre obscurité fondamentale. Pratiquer ensemble permet de s'harmoniser avec l'univers et une foi basée sur notre état de bouddha, de trouver la meilleure solution pour le bonheur de chacun. De plus les attachements sont sources de souffrance du point de vue bouddhique. Le bonheur véritable ne dépend pas des circonstances extérieures mais de notre réalisation individuelle. Si nous sommes heureux, sur la base de notre pratique, nous rencontrons ce bonheur dans notre environnement, et éventuellement la personne désirée.
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+4 #3 Michèle ROLLET 27-12-2011 08:34
j'aurais souhaité connaitre "les cinq sortes de sagesse" évoquées dans ce texte, je n'ai personnellement rien trouvé sur ce sujet précis dans ma documentation, merci d'avance.
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+3 #2 Navarre Laurence 14-11-2011 12:22
Citation en provenance du commentaire précédent de rémy gorog :
Le conflit de couple est une forme de guerre. Pour arriver à la paix, souvent la solution réside dans la séparation pour que chacun retrouve sa paix intérieure. Le boudddhisme décrit-il autre chose ? Car ce n'est pas très heureux comme dénouement.

C'est vrai j'en sais quelque chose puisque je vis cette situation mais on n'appartient à personne en fait. Nous devons avancer chacun dans sa direction et la pratique de daimoku et la foi dans le Gohonzon et le Sutra du Lotus nous font avancer. C'est une épreuve, un obstacle que nous devons franchir avec succès. Il faut du courage, de la force, et de la persévérance pour être déterminé à arriver à la victoire. Ne pas être l'insensé, ne pas fuir
mais faire face pour gagner. Victoire, victoire!
Nam myoho renge kyo
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0 #1 rémy gorog 14-10-2011 09:09
Le conflit de couple est une forme de guerre. Pour arriver à la paix, souvent la solution réside dans la séparation pour que chacun retrouve sa paix intérieure. Le boudddhisme décrit-il autre chose ? Car ce n'est pas très heureux comme dénouement.
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