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Comment le dialogue peut-il amener au changement ? Un réseau de relations dynamiques se crée sous la surface des paroles échangées. C’est là que se joue, selon notre détermination à faire ressortir le meilleur en chacun, la clé du changement.

« La seule façon, à mes yeux, de dépasser les préjugés est de s’associer aux gens. »1 Reprenant cette citation de Virginia Foster Durr, militante américaine des droits civiques, Daisaku Ikeda nous encourage en ces termes : « Pour ouvrir une nouvelle voie, nous devons courageusement aller vers les autres et entrer en interaction avec eux – autrement dit, engager des dialogues de cœur à cœur pour entretenir des liens d’amitié et de compréhension mutuelle. »2 Une des caractéristiques essentielles de l’humanité est de tenter d’amener un changement positif à travers la voie du dialogue.

Le dialogue, l’art du changement

Cette confiance dans le pouvoir de transformation du dialogue repose sur une vision englobante des individus et de leurs relations. Ils sont vus, non pas comme des entités isolées, mais dans une relation d’interdépendance et d’influence mutuelle constante.

Nous sommes effectivement perméables à l’influence de notre environnement et des personnes qui nous entourent. Et, pareillement, nous influençons les autres. Ces échanges sont si subtils et si proches de nous qu’ils nous sont, pour la plupart, invisibles. Ils sont pourtant un vecteur extrêmement puissant de changement, en bien comme en mal, chez les autres et nous-mêmes. On pourrait dire que le dialogue est l’art de nous amener mutuellement, à travers ce flux d’influences réciproques, vers un changement positif. A travers ce processus, nous explorons et levons nos barrières intérieures – et permettons aux autres de faire de même.

Cette vision dynamique des êtres humains – qui s’apparente à l’image du poisson et de l’eau – a été brillamment développée par le Dr David Bohm. Cet éminent physicien américain, qui a notamment participé au projet Manhattan3, a dédié les dernières années de sa vie au dialogue. Il a conçu ce qu’on appelle désormais les « dialogues de Bohm », des groupes de dialogue se réunissant pour explorer la pratique du dialogue.

Un participant à l’un de ces groupes décrit ainsi son expérience : « J’ai réalisé que, même si j’avais l’impression de ne jamais parvenir à faire changer les autres d’opinion, en fait, ils en changeaient bel et bien. Et mes opinions aussi changeaient ! Si vous suiviez la conversation à un certain niveau, ça avait l’air très chaotique. Mais vous pouviez également voir la manière dont chaque personne reprenait les mots et les idées des autres et se les appropriait. Il devenait très clair que nous nous influencions mutuellement. J’ai aussi réalisé que je ne comprenais vraiment ce que je disais moi-même que lorsque les autres reprenaient mes idées. »4

Du chaos à l’harmonie

Ce témoignage décrit bien comment, derrière le chaos apparent du dialogue, un réseau d’influences mutuelles a cours à un niveau subtil entre les interlocuteurs. Sa conclusion, en particulier, rappelle la parabole bouddhique du filet d’Indra5 : l’univers y est décrit comme un immense réseau cosmique où les choses et les gens s’entremêlent, tel un filet constellé de pierres précieuses. Chaque pierre est donc reliée aux autres et reflète le tout d’une manière qui lui est unique. Les individus de ce réseau sont unis par leur désir de voir les autres heureux. C’est ainsi qu'une dynamique harmonieuse, basée sur ce que chacun a de meilleur en lui, se manifeste – et tout se meut alors dans une direction positive.

Daisaku Ikeda explique ainsi le double mouvement qui caractérise un tel dialogue constructif : « L’introspection, suivie d’un mouvement vers l’extérieur pour encourager les autres – le processus par lequel une personne observe constamment son cœur tout en croyant à l bonté des autres et en engageant avec eux le dialogue – la mène à une autodiscipline à toute épreuve et à une puissante maîtrise de soi. […] Je crois fermement que la vraie valeur du dialogue ne réside pas seulement dans le résultat obtenu, mais se trouve bien plus encore dans le déroulement du dialogue lui-même, quand deux êtres humains se parlent et s’entraînent l’un l’autre vers un niveau supérieur. »6


Tiré de Cap n° 803, 22 juin 2009.

Notes

  • 1. Virginia Foster Durr, Letters from the Civil Rights Years, Routledge, New York, 2003, p. 407.
  • 2. D. Ikeda, D&E-octobre 2007, p. 100.
  • 3. Le projet Manhattan est le nom de code d’un projet de recherche, mené pendant la Seconde Guerre mondiale, qui permit aux États-Unis de réaliser la première bombe A de l’histoire, en 1945.
  • 4. John Briggs et F. Peat, The Dialogue Experiment, SGI Quarterly, janvier 2007.
  • 5. Filet d’Indra : parabole apparaissant dans l’Avatamska Sûtra. Voir D. Ikeda, D&E, septembre 2008, p. 51.
  • 6. D. Ikeda, D&E-septembre 2008, p. 51.

Le dialogue de Bohm : suspendre ses jugements

Le dialogue est un genre d’association libre menée en groupe, qui permet aux participants d’examiner leurs conceptions mentales, préjugés et modèles de raisonnement. Une des idées principales de Bohm est que chaque individu est attaché à ce qu’il appelle des « convictions non négociables », qui sont sous-jacentes à tous les conflits avec autrui, même les plus bénins. Si ces convictions non négociables ne peuvent pas, selon lui, être raisonnées, elles peuvent en revanche être suspendues et transformées par un processus de créativité collective. « Dans le dialogue, dit-il, nous essayons de créer une situation où nous suspendons nos opinions et jugements de façon à être capable de véritablement écouter l’autre. »
Tiré de : John Briggs et F. Peat, The Dialogue Experiment, SGI Quarterly, janvier 2007.

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