Naissance et années de jeunesse

Nichiren Daishonin naît le 16 février 1222, dans le village de Kominato, sur la côte est de la province d’Awa, dans l’actuelle préfecture de Chiba. Ses parents, un couple de pêcheurs, lui donnent le nom de Zennichimaro. Zennichi signifie “soleil radieux” et maro est le nom japonais qui désigne un petit garçon.

Comme il l’écrit dans la lettre Bannissement à Sado : “Nichiren est le fils d’une famille de chandala qui vivait sur le littoral, à Tôjô, dans la province d’Awa, un coin reculé à l’est du Japon.” (Ecrits, 203)
Les chandala constituaient la plus basse caste dans le système social indien avec des professions telles que pêcheur, geôlier et boucher. Nichiren Daishonin reconnaît donc dans cette affirmation que ses origines étaient des plus humbles.

A l'âge de 12 ans, ses parents le confient au Seichô-ji, un temple bouddhiste situé non loin de là, afin qu’il y étudie. Construit au milieu du VIIIe siècle, ce temple était, à l’origine, dédié au bodhisattva Trésor-de-l’Espace (jap.: Kokuzo). Puis il devint un temple de l'école du Lotus (Tendai). Mais au moment où Zennichimaro y étudie, les moines pratiquent bien d’autres enseignements. Zennichimaro apprend à lire et à écrire, sous la direction de Dôzen-bô, l'un des moines aînés du temple.

Ordination et années d’études

Une statue du bodhisattva Trésor-de-l’Espace est enchâssée dans la salle principale. Désireux de résoudre le problème fondamental de la vie, il adresse à ce bodhisattva le voeu de devenir “l’homme le plus sage du Japon” (Ecrits, 655). Il obtient alors un “grand joyau aussi brillant que l’étoile du matin”, c’est-à-dire qu’il développe la capacité de discerner la signification et la valeur relative des différentes doctrines bouddhiques.

A l’âge de 16 ans, il décide de consacrer sa vie au bouddhisme et devient moine. Il prend le nom religieux de Zesho-bo Rencho. Quelque temps plus tard, il prend congé de son maître et quitte le Seichô-ji afin de poursuivre ses études à Kamakura, puis dans les centres bouddhiques les plus importants du pays, comme le mont Hiei, centre de l’école Tendai, le mont Kôya, point d’ancrage de l’école Shingon, et divers autres lieux.

En étudiant le bouddhisme, il découvre la surprenante diversité des écoles et leurs contradictions doctrinales. Il est convaincu qu’il doit y avoir un enseignement qui, parmi tous les autres, exprime la vérité la plus élevée. Après quelque quinze années d’études intensives, il parvient à la conclusion que l’enseignement permettant le mieux de répondre aux maux des gens de notre époque se trouve dans le Sûtra du Lotus.

Première proclamation de Nam-myoho-renge-kyo

Au terme de ses études, Nichiren décide de proclamer la vérité à laquelle il est parvenu et revient au temple Seichô-ji. Là, dans la matinée du 28 avril 1253, il récite publiquement pour la première fois le titre du Sûtra du Lotus, Nam-myoho-renge-kyo. Puis il expose sa doctrine en présence de Dôzen-bô, son maître, ainsi que des moines et des villageois rassemblés au temple. A partir de ce moment, il adopte le nom de Nichiren, qui signifie “Soleil-Lotus”.

Rares sont ceux dans l’auditoire qui parviennent à comprendre le sens du premier sermon de Nichiren. La plupart sont surpris et réagissent avec colère, puisqu’il semble remettre en question leurs croyances religieuses. Tôjô Kagenobu, l’intendant du village, est présent. Fervent adepte de l'école du Nembutsu, il est furieux et tente de faire arrêter Nichiren sur le champ. Dôzen-bô aide Nichiren à s’échapper et celui-ci part pour la capitale, Kamakura. Avant de quitter la région, toutefois, il rend visite à ses parents et les convertit à la nouvelle foi.

En août 1253, Nichiren s’installe dans une petite chaumière, à Matsubagayatsu, près de la capitale shogunale, Kamakura. Il commence à diffuser son enseignement et convertit ses premiers disciples. Il se rend dans les temples de Kamakura pour y mener des débats doctrinaux. Sa critique des écoles établies irrite les chefs religieux aussi bien que les autorités politiques. Malgré l’opposition, il ne renonce pas pour autant à faire connaître son enseignement.

La rédaction du Rissho Ankoku Ron

A partir de 1256, le Japon traverse une série de calamités : tempêtes, inondations, sécheresses, séismes. En 1257, le grand tremblement de terre de l’ère Shoka frappe Kamakura et détruit de nombreux temples, bâtiments du gouvernement et demeures. En 1259 et 1260, une grave famine suivie d’une épidémie déciment la population.

Profondément touché par la souffrance du peuple, Nichiren Daishonin se rend au temple Jissô-ji, à Iwamoto, pour y consulter les textes bouddhiques et mener une étude approfondie.

A cette période, l’homme le plus influent du pays est Hojo Tokiyori, l’ancien régent du shogunat. Le 16 juillet 1260, Nichiren Daishonin lui fait parvenir un traité présentant la conclusion de ses recherches, le Rissho Ankoku Ron, “Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays” (Ecrits, 6). Dans ce texte écrit sous forme de dialogue, Nichiren attribue la cause des désastres que connaît le pays aux trois poisons – colère, avidité, ignorance – qui résident dans l'esprit humain. Il plaide pour rétablir la prééminence du respect de la dignité de la vie en tant que principe pouvant guider la société vers la paix et l'harmonie.

Il met également en garde contre le risque de guerre, prédit dans les textes bouddhiques, sous la forme d’invasion par une puissance étrangère et de luttes intestines.

Hojo Tokiyori et les officiels du shogunat ne prêtent aucune attention au traité. Les prédictions de Nichiren s'avèreront pourtant justes, puisque quelques années plus tard, en 1266, l'Empire mongole adresse l'ordre au pays de se soumettre, puis mène deux tentatives d'invasion dévastatrices. En 1272, une rébellion fratricide éclate au sein du clan au pouvoir.

Premières persécutions et remontrances

Après avoir eu vent du traité de Nichiren, le Rissho Ankoku Ron, des croyants d’autres écoles bouddhistes sont furieux. Ils se rendent chez lui, déterminés à le tuer. Mais Nichiren parvient à s’enfuir avec quelques disciples vers la province de Shimo-usa.

Moins d’un an plus tard, il revient à Kamakura et se remet à propager son enseignement. Ses ennemis complotent alors auprès du gouvernement pour le faire arrêter. Et le 12 mai 1261, sans enquête ni procès, le régent Hojo Nagatoki condamne Nichiren à l'exil sur la côte hostile de la péninsule d’Izu.

Il parvient cependant à survivre, grâce à la protection d’un pêcheur, Funamori Yasaburô, et de son épouse, qui deviennent ses disciples. En février 1263, Nichiren est gracié et revient à Kamakura. En août 1264, inquiet pour la santé de sa mère âgée, il se rend dans sa région natale. La nouvelle parvient au seigneur de la province, Tojo Kagenobu. Avec ses soldats, ce dernier tend une embuscade à Nichiren et un groupe de disciples, en un lieu appelé Komatsubara. Nichiren échappe de peu à la mort, mais il est blessé au front et sa main gauche est brisée.

En 1268, le risque d’une invasion Mongole semble imminent. De retour à Kamakura, Nichiren envoie onze lettres de remontrance à des personnalités de haut rang, dont le régent Hôjô Tokimune, le commandant en chef de la police militaire Hei no Saemon, et les moines les plus influents de la capitale. Ces lettres résument les conclusions du Rissho Ankoku Ron : si le pays ne respecte pas la valeur de la dignité de la vie, enseignée dans le Sûtra du Lotus, il subira certainement les désastres annoncés dans les sûtras.

La persécution de Tatsunokuchi

En 1271, le pays souffre d’une sécheresse prolongée. Le gouvernement, craignant la famine, demande à des moines respectés dans le pays de prier pour faire tomber la pluie. Nichiren lance un défi à l’un d’eux. Si ce moine renommé parvient à mettre fin à la sécheresse, Nichiren s’engage à devenir son disciple. Mais, à l’inverse, si la pluie ne tombe pas, ce sera à Nichiren de rejoindre son école. Malgré les prières acharnées du moine et de ses centaines de disciples, aucune goutte ne tombe. Celui-ci refuse cependant d’avouer sa défaite ! Vexé par son échec, il complote contre Nichiren auprès de Hei no Saemon, le chef de la police militaire.

Bientôt, une liste d’accusations calomnieuses mettant en cause Nichiren est présentée au gouvernement. Le 10 septembre, Nichiren est convoqué par les autorités. Là, il réfute avec éloquence toutes les accusations. Et il réaffirme courageusement sa conviction que le pays s’apprête à connaître de grands troubles si le gouvernement continue à nier la valeur de son enseignement centré sur la dignité de la vie.

Deux jours après cette confrontation, en pleine nuit, Hei no Saemon et ses soldats font irruption chez Nichiren. Bien qu’innocent de toute mauvaise action, ce dernier est arrêté comme un criminel.

Les soldats conduisent Nichiren à travers les rues de Kamakura, en direction de la plage de Tatsunokuchi, le lieu des exécutions officielles. Là, alors que les soldats se préparent à le décapiter, Nichiren et le petit groupe de disciples qui l’accompagne croient sa dernière heure venue… Mais soudain, un phénomène extraordinaire se produit : un objet céleste illumine le ciel nocturne ! Les soldats, terrifiés, jettent leurs sabres à terre et renoncent à l'exécuter. Alors qu’il est prêt à perdre la vie pour la cause du Sûtra du Lotus, Nichiren vit à travers cet événement une renaissance intérieure et révèle sa mission profonde.

L'exil à Sado

Après la tentative d’exécution de Tatsunokuchi, les soldats escortent Nichiren jusqu’à Echi, où il est placé sous la garde d’Homma Shigetsura, adjoint du gouverneur de Sado. Les autorités décident finalement de le bannir sur l’île hostile de Sado – une sanction équivalente en fait à la peine de mort.

Ainsi, en octobre 1271, Nichiren est conduit à travers la mer du Japon, jusqu’à Sado. Il est assigné à résidence dans un cimetière désolé ouvert aux vents glacés, à Tsukahara. Nichiren trouve refuge dans un petit sanctuaire en ruines, mais il manque de nourriture et de vêtements.

C'est dans ces conditions extrêmes, alors que sa survie même est en jeu, qu’il écrit quelques-uns de ses traités les plus importants. C'est également à Sado qu'il commence à calligraphier les premiers Gohonzon, l’objet de culte du bouddhisme de Nichiren, un mandala qui représente l'assemblée du Sûtra du Lotus et concrétise l'état de vie de la bouddhéité.

Nichiren parvient à survivre au premier hiver. Quelques habitants de l’île – comme Abutsu-bo et son épouse, ou Sairen-bo – se convertissent à son enseignement et le protègent discrètement, par des dons de nourriture et de vêtements. Cependant, l’hostilité ne fait que grandir parmi les croyants des autres écoles. Alors que certains cherchent à l’attaquer, Homma Shigetsura propose d’organiser un débat. Celui-ci a lieu à Tsukahara, en janvier 1272. Nichiren y affronte des dizaines de moines et les réduit au silence.

En février, une nouvelle parvient sur l’île : des combats ont éclaté à Kamakura et Kyoto à la suite d’une lutte pour le pouvoir au sein de la famille Hojo. De plus, l’Empire mongol continue à exiger la soumission du Japon. Ainsi, les prédictions de Nichiren se vérifient. Peut-être pour cette raison, les autorités changent d’attitude à son égard. Et, en avril 1272, Nichiren est transféré à Ichinosawa, où il peut vivre dans des conditions moins rudes.

Finalement, en mars 1274, le régent Hojo Tokimune, qui n’avait jamais totalement approuvé le traitement infligé à Nichiren, révoque l’édit de bannissement. Nichiren est gracié et rentre à Kamakura le 26 mars.

Retraite au mont Minobu

Le 8 avril 1274, peu après son retour de Sado, Nichiren Daishonin est convoqué devant Hei no Saemon, le chef de la police militaire du Shogunat. C’est lui qui, trois ans plus tôt, l’avait condamné au bannissement, sur la base de fausses accusations. Mais cette fois-ci, ce dernier se montre courtois et le questionne sur l’éventualité d’une attaque mongole. Nichiren répond qu’il craint une attaque dans l’année. Il admoneste fermement Hei no Saemon et ajoute que le gouvernement ne devrait pas demander aux prêtres des autres écoles de prier pour la défaite des Mongols, car cela ne ferait qu’aggraver la situation.

Un ancien proverbe chinois dit que, si un sage adresse des remontrances à son souverain à trois reprises sans qu’il en soit tenu compte, alors il doit se retirer dans les forêts de montagne. Certain que le gouvernement ne tiendrait pas compte de ses avertissements, Nichiren décide donc de se retirer, afin de consacrer le restant de ses forces à développer son enseignement et à entraîner ses disciples. Il quitte Kamakura le 12 mai 1274 et s’installe en un lieu isolé, au pied du mont Minobu, dans la province de Kai.

Sa vie à Minobu est loin d’être facile. Mais, soutenu par les dons et les quelques visites de ses disciples, il se dévoue à l'écriture de traités et de correspondances. Près de la moitié de ses écrits connus aujourd’hui datent de cette période.

En octobre 1274, les Mongols lancent leur attaque sur le Japon. Dans une lettre à l’un de ses disciples, Nichiren Daishonin se dit amèrement déçu que son avis ait été ignoré, car le pays aurait pu éviter cette épreuve.

La persécution d’Atsuhara

A partir de 1274, Nichiren, désormais retiré au mont Minobu, se consacre à former et encourager ses disciples. D’autant que, durant cette période, ces derniers rencontrent à leur tour des persécutions en raison de leur foi. En 1275, les frères Ikegami font l’objet d’un complot et l’aîné se voit menacé d’être déshérité par leur père. De même, à partir de 1277, Shijo Kingo, samouraï et proche disciple de Nichiren, encourt la disgrâce de son suzerain, le seigneur Ema, en raison de sa foi.

Mais la plus grave de ces persécutions a lieu en 1279, dans le village d’Atsuhara, près du mont Fuji. Un petit nombre d’habitants récemment convertis à l’enseignement de Nichiren sont harcelés par Gyochi, un moine local proche du pouvoir.

Le 21 septembre, sous la fausse accusation d’avoir moissonné du riz dans des champs lui appartenant, Gyochi fait arrêter vingt fermiers, disciples de Nichiren. Ils sont conduits à la résidence d’Hei no Saemon, à Kamakura, où l’on tente par la force de leur faire renier leur croyance. Mais ils s’y refusent. Le 15 octobre, trois d’entre eux sont décapités, et les autres bannis de leur village.

Devant la foi admirable dont font preuve ses disciples, malgré les menaces, il a la conviction que la Loi de Nam-myoho-renge-kyo pourra être adoptée par les personnes ordinaires et perdurer à l’avenir. Vingt-sept ans après la première proclamation de son enseignement, la mission de sa vie est accomplie. Il écrit : “Le Bouddha accomplit le but de sa venue en ce monde en un peu plus de quarante ans, le Grand Maître Tiantai en à peu près trente ans, et le Grand Maître Dengyo en une vingtaine d’années. (...) En ce qui me concerne, il m’a fallu vingt-sept ans”. (Ecrits, 1007)

Succession et décès

Les rigueurs de l’hiver, le manque de vêtements et de nourriture, et l’isolement rendent ses conditions de vie particulièrement éprouvantes à Minobu. De plus, toutes les épreuves et les persécutions qu’il avait traversées ont fortement détérioré sa santé. A partir de 1281, ses forces commencent à décliner.

Sentant sa fin proche, il désigne son disciple Nikko Shonin comme successeur, à travers deux documents écrits. Puis, peu après, le 8 septembre 1282, il quitte Minobu, dans l’intention de se rendre aux sources chaudes d’Hitachi.

Sur le chemin, en arrivant à la résidence des frères Ikegami, il réalise qu’il est trop faible pour continuer le voyage. Apprenant la nouvelle, nombre de ses disciples se réunissent en ce lieu. Tôt dans la matinée du 13 octobre, entouré de ses disciples récitant respectueusement Nam-myoho-renge-kyo, Nichiren Daishonin s’éteint paisiblement.


En poursuivant sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins de navigation, de statistiques de visites, et autres fonctionnalités. En savoir +