Stupa du temple mahabodhi, à Bodh Gaya. [© manbartlett /CC]

Le Sûtra du Lotus décrit de manière allégorique l’enseignement que le Bouddha a exposé durant les huit dernières années de sa vie, dans lequel il livra l’intégralité de son illumination.1 Dans le 11e chapitre, une magnifique “Tour aux trésors” émerge de terre devant l’assemblée des disciples. Ses dimensions sont vertigineuses, elle est ornée de sept sortes de joyaux et richement décorée. Mais que représente donc cette tour fabuleuse ?

C’est la Tour du bouddha Maints-Trésors (jap.: Tahô), qui a vécu dans un passé infiniment lointain et a fait le serment de faire apparaître sa tour à chaque fois que le Sûtra du Lotus serait prêché. Alors que l’assemblée stupéfaite observe ce spectacle, sa voix s’élève de l’intérieur de la tour, faisant l’éloge du Bouddha et attestant de la véracité de son enseignement :

Excellent ! Excellent ! (…) voilà qui est parfait, car tout est tel que tu le dis, tel que tu le dis, Shakyamuni, Honoré du monde ! Tout ce que tu viens d’exposer est la pure vérité !
SdL-XI, 171.

Shakyamuni purifie et unifie alors tous les mondes, et rappelle les innombrables bouddhas de l’univers, qui sont ses émanations. Il ouvre ensuite la Tour aux trésors et prend place aux côtés de Maints-Trésors. Puis il fait s’élever la tour, ainsi que toute l’assemblée. C’est le début de la “Cérémonie dans les airs”, la partie centrale du Sûtra, durant laquelle les enseignements les plus profonds sont dispensés.

Une image sublime de la dignité de toute vie

Tout ceci est une élucidation, riche en symboles, de la nature de bouddha insondable qui est inhérente à la vie de tous les êtres.

Pour les bouddhistes, le Bouddha représente un idéal d’humanité. Son comportement et ses qualités humaines telles que la bienveillance, la sagesse et le courage, ont fait de Shakyamuni un maître et un guide spirituel d'exception, que ses disciples s’efforcèrent de prendre pour modèle dans leur vie de tous les jours. Après sa mort cependant, le bouddhisme s’est recouvert d’un voile de mysticisme, et la bouddhéité s’est éloignée pour devenir un idéal inatteignable, coupé de la réalité et opposé à l’existence mondaine – dans l’esprit des gens.

L’enseignement de Nichiren Daishonin, et le Sûtra du Lotus sur lequel il est fondé, partent de la prémisse que le monde de la bouddhéité est une part intrinsèque de la vie de tous les êtres humains, et que ces derniers peuvent donc le manifester dans leur existence présente, tels qu’ils sont. Dans cette perspective, l’apparition de la Tour aux trésors est vue comme une explication de la relation entre l’idéal élevé de la bouddhéité et la vie de tous les jours.

Voir la Tour aux trésors dans le miroir du Gohonzon

Nichiren interprète la Tour aux trésors comme symbolisant la réalité ultime, qu’il a identifié comme Nam-myoho-renge-kyo. Le bouddha Maints-Trésors représente le monde éternel de la bouddhéité. Ce monde sublime a toujours existé mais il ne se manifeste que sous certaines conditions. Le bouddha Shakyamuni représente ici un bouddha mortel et transitoire, autrement dit, la bouddhéité manifeste et active dans le monde des phénomènes, notre monde. Le fait que Shakyamuni s’assoie lui-même aux côtés de Maints-Trésors représente le fait que ces deux aspects du bouddha – le transitoire et l’éternel – ne font qu’un.

Dans une lettre à l’un de ses disciples, Nichiren explique que la réalité ultime réside dans les profondeurs de la vie de toute personne. Il écrit :

Il n'existe pas d'autre Tour aux Trésors que ces hommes et femmes qui gardent le Sûtra du Lotus.
La Tour aux Trésors (L&T-1, 29 ; Ecrits, 301)

Les attributs et les qualités du Bouddha existent déjà en nous. Le but du Sûtra du Lotus, et la mission de ceux qui le pratiquent, est d’activer ces qualités inhérentes dans les profondeurs de la vie et les manifester dans le monde. Le Sûtra du Lotus met en lien ces deux réalités, permettant la création de la plus grande valeur. Nichiren a définit la récitation de Nam-myoho-renge-kyo comme étant la pratique du Sûtra du Lotus appropriée à notre époque – ce qui permet à la Tour aux trésors d’émerger dans notre vie. Et il a inscrit un mandala, qui représente cette Tour aux trésors de la Cérémonie dans les airs : le Gohonzon.

Les sept sortes de joyaux pour l’atteinte de la bouddhéité

Selon Nichiren Daishonin, les sept sortes de joyaux ornant la Tour aux trésors représentent les vertus consistant à « écouter l'enseignement correct, y croire, garder les préceptes, se livrer à la méditation, pratiquer assidûment, renoncer à ses attachements et méditer sur soi-même. »2

Il est significatif que ces sept qualités ne sont pas celles d’un auguste bouddha, mais plutôt celles d’une personne qui s’efforce constamment d’atteindre la bouddhéité. Car c’est à travers ces efforts que les qualités de la nature de bouddha inhérente à notre vie deviennent manifestes.

Voir la Tour aux trésors équivaut à reconnaître la nature inhérente de bouddha. C’est être conscient, et chérir, la dignité de la vie – la nôtre et celle des autres. La foi dans la nature de bouddha est essentiellement ce qui distingue un bouddha d’un “simple mortel”. Comme le commente Daisaku Ikeda : « La “Tour aux trésors ornée des sept sortes de joyaux” représente la forme originelle, digne et grandiose de notre vie. »


Adapté de l'article The Treasure Tower, du SGI Quarterly, juillet 2012.


Notes

  • 1. Dans la doctrine de Nichiren, c’est le principe dit de « l’enseignement correspondant à l’esprit du Bouddha », ou zuiji. Dans le traité du même nom, Nichiren explique ce principe en ces termes : « Il faut comprendre que, parmi les enseignements sacrés du Bouddha, il existe deux principes : zuitai et zuijii. Zuitai, c'est l'enseignement “adapté aux conceptions des autres” et zuijii, c'est celui “qui correspond aux conceptions du Bouddha lui-même”. Ainsi, lorsqu'un père ou une mère se plient aux désirs de leur enfant, on peut parler de zuitai. Mais si l'enfant obéit au désir de ses parents, c'est zuijii. Tous les autres sûtras sont des exemples de zuitai parce que le Bouddha, en les exposant, les a adaptés aux conceptions de tous les simples mortels. Mais le Sûtra du Lotus correspond à zuijii, parce que le Bouddha l'a enseigné afin que tous les simples mortels puissent comprendre les intentions de son propre cœur. » (L’enseignement correspondant à l’esprit du Bouddha, L&T-VII, 191.
  • 2. Ecrits, 302.

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