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On rapporte qu'Ananda, l'un des plus proches disciples du Bouddha Shakyamuni, lui demanda un jour : « Il me semble que, en ayant de bons amis et en avançant avec eux, on est déjà à moitié engagé sur la voie du Bouddha. Cette façon de penser est-elle correcte ? »

Et Shakyamuni de répondre : « Non, Ananda, cette façon de penser n'est pas correcte. Avoir de bons amis et avancer avec eux n'est pas être à moitié engagé sur la voie bouddhique, c'est l'être entièrement ! »

L'importance des relations humaines

Cette anecodte peut paraître surprenante, tant le bouddhisme est perçu comme une discipline solitaire. Cependant, développer et améliorer sa vie individuelle revient en définitive à développer la qualité de nos rapports aux autres, tâche beaucoup plus ardue que n'importe quelle discipline. Ainsi, la pratique du bouddhisme ne prend tout son sens que dans le contexte de relations humaines.

D'autre part, l'objectif de s'améliorer soi-même de l'intérieur représente un si grand défi, qu'il est nécessaire de rechercher le soutien d'autres personnes, elles aussi dédiées au perfectionnement de leur propre vie et à la création de valeurs autour d'elles. En particulier, la foi dans le bouddhisme de Nichiren nécessite de faire des efforts assidus et de s'encourager mutuellement. Il n'y a pas de foi pour soi et par soi seul, dans ce bouddhisme. Ainsi, Nichiren écrit :

Un arbre transplanté ne tombera pas s'il est soutenu par un solide tuteur, même si des vents violents se mettent à souffler. Mais même un arbre qui a bien grandi pourra tomber si ses racines sont fragiles. Une personne faible ne trébuchera pas si ceux qui la soutiennent sont forts, mais une personne extrêmement forte, lorsqu'elle est seule, peut tomber sur un chemin accidenté. (...) Par conséquent, la meilleure façon d'atteindre la bouddhéité consiste à rencontrer un ami de bien. Jusqu'où peut nous conduire notre propre sagesse ? Si nous avons juste assez de sagesse pour distinguer le chaud du froid, nous devrions rechercher un ami de bien.
Trois maîtres des Trois Corbeilles prient pour qu'il pleuve (Ecrits, 603)

Ainsi, on peut comparer le fait d'avoir de bons amis à être équipé d'un “moteur auxiliaire” puissant : lorsque nous rencontrons une colline escarpée ou un obstacle, nous pouvons nous encourager mutuellement et trouver la force de continuer à aller de l'avant.

Etre attentif aux influences

Les gens s'influencent mutuellement de façon subtile et complexe, et il est important de développer la capacité de discerner la nature de cette influence. Dans le bouddhisme de Nichiren, on appelle “ami de bien” (jap.: zenchishiki) une personne exerçant une bonne influence sur nous, alors qu'un “ami de mal” (jap.: akuchishiki) en exerce une mauvaise. Les premiers nous “tirent vers le haut” alors que les derniers encouragent nos faiblesses :

“Amis de mal” désigne la fonction qui consiste à s'emparer du coeur des gens au caractère difficile et à détruire leur bonté inhérente en leur parlant doucereusement pour les tromper et les flatter et en leur tenant des discours pleins d'artifices pour échapper au conflit avec eux.
Traité sur la récitation du Daimoku du Lotus (GZ, 7)

Même lorsque nos intentions sont bonnes, notre influence sur les autres est plus ou moins bénéfique. Tsunesaburo Makiguchi, fondateur du mouvement Soka, utilisait l'exemple suivant. Disons qu'un ami a besoin d'une certaine somme d'argent. Lui donner l'argent dont il a besoin est un acte de “petite bonté” ; l'aider à trouver un emploi est un acte de “bonté moyenne”. Toutefois, si cet ami souffre à cause d'une tendance de fond à la paresse, par exemple, alors l'aider constamment de la sorte ne fera que perpétuer cette tendance négative. Dans ce cas, la véritable amitié consiste à l'aider à changer la tendance paresseuse qui est à la racine de sa souffrance.

Un véritable ami est quelqu'un qui a la compassion et le courage de nous dire même les choses que nous préférerions ne pas entendre mais devons affronter si nous voulons nous développer et grandir humainement.

En définitive cependant, l'influence, bonne ou mauvaise, d'une personne dans notre vie, dépend de nous-même. Ainsi, dans la perspective bouddhique, le meilleur type d'“ami de bien” est celui qui nous amène à renforcer notre foi et notre pratique afin de transformer notre karma en profondeur.

C'est là un concept clé du bouddhisme. En raison de l'immense pouvoir de transformation de la pratique bouddhique, même de “mauvais” amis peuvent avoir une bonne influence sur nous, si nous prenons notre relation avec eux comme une occasion d'examiner, de réformer et de renforcer notre vie. L'idéal est finalement de développer une compassion capable de tout englober, comme l'illustre Nichiren vis-à-vis des autorités qui l'avait persécuté, exilé à plusieurs reprises et même tenté de le décapiter. Il écrit :

Je prie pour, avant toute autre chose, guider vers la vérité le souverain et tous ceux qui m’ont persécuté.
Sur les prédictions du Bouddha (L&T-I, 127)



Adapté de l'article Good Friends, SGI-Quarterly, janvier 2004.

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