Celui qui recueille des éloges ne craint pas de prendre des risques personnels, mais, s'il est critiqué, il peut courir inconsidérément à sa propre perte. (Nichiren, Écrits, 389.) [photo : dreams & pancakes]

Contrairement à ce que prétendent les détracteurs qui ne l’ont jamais lu, Nichiren a sans doute exprimé dans ses écrits bien plus d’éloges que de remontrances. Regard sur cet « art » qui permet de stimuler ce que l’autre a de meilleur et de l’encourager.

Quand nous recevons des autres de grands éloges, nous avons le sentiment qu'il n'y a pas d'épreuves impossibles à surmonter.
Nichiren, Écrits, 389.

A Nichigen-nyo, qui autorise son époux, Shijo Kingo, à lui rendre visite sur l’île de Sado, Nichiren écrit : « Dans un monde aussi troublé, alors que vous ne pouviez compter sur aucun serviteur, vous avez envoyé votre mari auprès de moi. Voilà qui prouve que votre sincérité est encore plus profonde que la terre, et les divinités terrestres en ont certainement conscience. Elle est encore plus élevée que le ciel, et les dieux célestes Brahma et Shakra doivent eux aussi le savoir. » (Écrits, 319)

Puis, peu de temps après, il rend à son tour hommage à Shijo Kingo, de retour à Kamakura : « Pour un laïc comme vous, sommé de consacrer son temps au service de son seigneur, croire dans le Sûtra du Lotus est en soi très rare. De plus, franchissant les montagnes et les rivières et traversant la grande mer bleue, vous avez effectué un long trajet pour venir me rendre visite. Comment votre détermination pourrait-elle être inférieure à celle de l'homme qui se brisa les os dans la Cité des Parfums ou du garçon qui abandonna son corps dans les Montagnes-Neigeuses ? » (Écrits, 1079)

Parmi de multiples éloges, on pourrait aussi citer celui-là, destiné à un vieux monsieur nommé Abutsu-bo qui le soutint durant son dur exil sur l’île de Sado : « Une foi comme la vôtre est si rare que je vais calligraphier la Tour aux trésors, tout spécialement à votre intention... Abutsu-bo, vous méritez d’être considéré comme un guide spirituel de cette province du Nord. Se pourrait-il que le bodhisattva Pratiques-Pures soit né à nouveau en ce monde, sous la forme d'Abutsu-bo, pour me rendre visite ? C’est vraiment merveilleux ! Vraiment magnifique ! Une foi comme la vôtre dépasse mon entendement. » (Écrits, 302)

Éloge de la foi et de la sincérité de ses disciples qui lui font des offrandes et restent fidèles à leur croyance en toutes circonstances. Éloge du courage de ceux qui résistent aux persécutions. Éloge de la compassion, de l’humilité, de la détermination à toute épreuve. Éloge des femmes et des hommes, de tout âge et de toute condition sociale. Il n’est aucune catégorie de la population qui échappe aux éloges de Nichiren. Tout dépend, finalement, de la pureté de notre coeur et de notre profonde décision d’éveiller notre état de bouddha et de contribuer à kosen rufu.

L'ère du compliment ambigu

En notre époque de sinistrose, on pourrait croire qu’éloges ou compliments sont assez étrangers à notre société et à notre culture. Ou tout au moins faut-il reconnaître qu’ils paraissent ambigus, voire suspects. Rappelons-nous la fameuse fable du corbeau et du renard, si souvent apprise sur les bancs de l'école primaire ! Certes, le renard adresse des compliments au corbeau, mais c’est juste pour lui prendre le fromage qu'il tient dans son bec. Ici, le compliment est flatterie, et la flatterie est rarement désintéressée. Oh ! bien sûr, nous connaissons aussi, dans notre société, le compliment amoureux qui, dans le feu de la passion, conduit à ne voir que des qualités – et quelles qualités ! – chez l’être aimé. Mais, pour peu que la flamme faiblisse légèrement sous des vents contraires ou par le poids de l'habitude, et voilà que les jolis compliments enflammés se changent en aigres remarques et en reproches amers. Faut-il en déduire que, forts de notre esprit critique, nous sommes devenus inaptes au compliment ?

Dans notre littérature

Pas si vite. Sous la dureté et la froideur apparente, perdues dans le fumier des jours mauvais, nous avons aussi dans notre propre culture quelques belles pépites. Des compliments qui valent leur pesant d’or. Voyons plutôt quelques exemples, tirés de notre belle tradition littéraire :

« J’aime votre esprit, votre mérite, votre sagesse, votre folie, votre vertu, votre humeur, votre bonté, enfin tout ce qui est en vous, et vous souhaite toute sorte de bonheur. » Madame de Sévigné (1626-1696)
« Mon ami, j'ai besoin de toi comme d’un sommet où l’on respire ! » Saint-Exupéry (1900-1944)
« Vous êtes ce que vous êtes et ça m'enchante. » Marguerite Duras (1914-1996)
« Les jours se sont enfuis d’un vol mystérieux, / Mais toujours la jeunesse éclatante et vermeille/Fleurit dans ton sourire et brille dans tes yeux. » Théodore de Banville (1823-1891)
« Vous avez suivi la marche inverse des autres hommes ; le temps et une mauvaise santé vous ont élevé au-dessus de vous-même : je soutiens souvent ma faiblesse par le souvenir de vos forces et de votre énergie. » Suzanne Necker (1737-1794)
« Il y a dans ton âme des trésors de toutes sortes. Chaque jour j'en découvre un et je pousse des cris de joie. Ou bien je reste devant toi, pensif absorbé dans l’extase. » Victor Hugo (1802-1885)
« Vous êtes une des guérisons et une des forces de mon être. Quand je vois les misères de l'agitation présente, je pense à vous et je me réconcilie avec l'homme. Ayez toujours courage et ne désirez pas mourir. Votre vie est un enseignement et un phare dans la tempête. » George Sand (1804-1876)
« La méchanceté se porte beaucoup en notre temps. Elle passe pour intelligence ; elle n’est que facilité. Il est tellement plus aisé de détruire les autres que de se construire. Vous refusez cette arme empoisonnée ; vous amusez sans être féroce. Vous savez que vos amis ont plus besoin de votre tendresse que de votre dureté. » André Maurois (1885-1967)

Espérons que ces quelques phrases auront redonné à nos lecteurs le goût du compliment. Lequel apparaît assez naturellement dans le coeur du pratiquant du Sûtra du Lotus, lorsqu'il pratique sincèrement pour le bonheur de ses proches et de ses amis, pratiquants ou non. Alors, ne nous privons pas. Creusons-nous l’esprit ! Cherchons, nous aussi, quelques beaux compliments qui, même s'ils ne sont pas destinés à entrer dans l’histoire de la littérature, auront tout au moins le mérite d’encourager notre entourage, permettant ainsi à chacun, y compris à nous-même, de tirer le meilleur de soi. Tel est l’esprit que Nichiren nous a enseigné, en nous montrant l’exemple.


Valeurs humaines n°45-46, juillet-août 2014, p. 20-21.

Cherchons, nous aussi, quelques beaux compliments qui, même s'ils ne sont pas destinés à entrer dans l’histoire de la littérature, auront tout au moins le mérite d’encourager notre entourage, permettant ainsi à chacun, y compris à nous-même, de tirer le meilleur de soi.

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