L’atteinte de la bouddhéité par le Bouddha dans le lointain passé (jap. : kuon jitsujô) est une des révélations majeures du Sûtra du Lotus, et ne se trouve dans aucun autre sûtra. Elle est exposée dans le 16e chapitre, « Durée de la vie de l’Ainsi-venu ».

Une période infiniment longue s’est écoulée… depuis que j’ai réellement atteint la bouddhéité.
SdL-XVI, 218

En d’autres termes, Shakyamuni affirme être parvenu à l’éveil dans un passé incommensurablement lointain. Dans le même chapitre, il tente de donner une idée de la période de temps écoulé, appelée gohyaku jintengo, en la comparant au nombre de grains de poussière composant d’innombrables galaxies. On peut comprendre par cette image que la période de temps dont il s’agit est en fait infinie.

La véritable identité du Bouddha

Dans les sûtras antérieurs au Sûtra du Lotus, ainsi que dans l’enseignement théorique (première moitié) de celui-ci, il était admis que Shakyamuni atteignit pour la première fois l’éveil à l’âge de trente ans, près de la ville de Gaya. Or la révélation du chapitre « Durée de la vie » vient bouleverser cette version des faits.

En déclarant qu’il est bouddha depuis le passé le plus lointain, Shakyamuni s’identifie à la force originelle de la vie, une force à l’échelle de l’univers : le « bouddha éternel ».

De plus, il perçut que tous les êtres humains partagent, comme lui, cette identité fondamentale. Et, dès lors, il œuvra de toutes ses forces à leur en faire prendre conscience. Telle est la portée de la révélation du 16e chapitre du Sûtra du Lotus.

Une nouvelle conception de l’atteinte de la bouddhéité

Le Sûtra du Lotus introduit donc une conception radicalement nouvelle de l’atteinte de la bouddhéité. En effet, les sûtras antérieurs enseignaient que l’illumination ne pouvait être obtenue que suite à une longue progression à travers les dix états, durant plusieurs cycles de mort et renaissance. L’état de bouddha était considéré comme totalement séparé des neuf autres, et le Bouddha lui-même vu comme un être parfait résidant dans un monde « pur », séparé du monde troublé des humains.

Or, le principe de l’illumination originelle implique que l’état de bouddha est, en réalité, inhérent à la vie elle-même. D’une part, cet état peut se manifester également chez tous les êtres, dans n’importe lequel des neuf autres états de vie. D’autre part, le Bouddha lui-même continue de manifester ces neuf autres états de vie. C’est le principe de « l’inclusion mutuelle des dix états », que Nichiren Daishonin exprime de la façon suivante :

Un simple mortel est un bouddha, et un bouddha est un simple mortel. C'est exactement le sens d'ichinen sanzen et celui de la phrase “Il s'est écoulé un temps illimité et infini depuis que j'ai en fait atteint la bouddhéité”.
L’exil d’Izu (L&T-2, 59)

Aussi, la bouddhéité n’est plus conçue comme l’étape finale et définitive d’un long processus dans lequel on s’astreint à supprimer les neuf états de vie « inférieurs ». Il s'agit plutôt d'établir, instant après instant, un état de vie doté des qualités de courage, de sagesse et de bienveillance qui nous sont inhérentes.

Faire de notre monde une « terre pure »

En outre, Shakyamuni avait toujours enseigné que notre monde n’était que transitoire. Par contraste, il citait d’autres terres, dites « pures », situées dans des régions lointaines de l’univers, où les bouddhas résident pour toujours. Or, dans le Sûtra du Lotus il déclare :

Depuis lors, je suis constamment demeuré en ce monde saha, à prêcher la Loi, à enseigner et à convertir…
SdL-XVI, 218.

Ici, « monde saha » signifie « monde de l’endurance ». Car c’est le monde dans lequel les êtres humains doivent endurer toutes sortes de difficultés et de peines. Mais, ici, pour la première fois, Shakyamuni révèle que le monde saha est en lui-même la terre pure dans laquelle il a toujours résidé. Il réfute du même coup l’existence de mondes idéaux en dehors de ce monde où nous vivons.

Autrement dit, l’atteinte de la bouddhéité est absolument indissociable de l’engagement, au sein des dures réalités de la société, visant à améliorer la condition humaine. Dans cette perspective, le monde saha est précisément celui où nous pouvons manifester la grande force de vie, ou « endurance », du bouddha.

C’est pourquoi Nichiren Daishonin affirme :

On appelle saha l’entraînement pour développer le grand pouvoir de l’endurance que suivent les bodhisattvas de l’enseignement essentiel, lorsqu’ils proclament et propagent Myoho-renge-kyo. L’endurance correspond à la Terre de la lumière éternellement paisible.
GZ, p.771.


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