![Zhanran Miaole (711-782) [Photo adaptée de Wikimedia CC - Domaine public]](/images/stories/histoire/Zhanran-Miaole.jpg)
Moine et érudit de la dynastie Tang, Jingxi Zhanran (711-782), plus connu sous le nom de Miaole, occupe une place essentielle dans l'histoire du bouddhisme. Héritier de la tradition Tiantai fondée par Zhiyi, le Grand maître Tiantai (538-597), il en renouvelle la pensée à une époque où d'autres écoles gagnent en influence.
Né en 711, sous la dynastie Tang, Miaole entre jeune dans la vie religieuse. Il se consacre à l'étude approfondie des enseignements du Bouddha et devient l'un des plus brillants représentants de l'école Tiantai.
Un contexte spirituel marqué par la confusion
Alors que son époque est marquée par un intense débat doctrinal entre les différentes traditions bouddhiques chinoises, Miaole entreprend de réaffirmer la cohérence et la supériorité philosophique de l'enseignement de Tiantai, fondé sur le Sûtra du Lotus. Il reprend un à un les enseignements du fondateur de son école et les commente avec une grande précision, alors même que ses contemporains ont fini par les oublier ou les mélanger à d'autres enseignements.
Il est vrai que les cours de Tiantai sont réputés difficiles à comprendre, ce qui a favorisé le déclin de sa doctrine au profit notamment de concepts du bouddhisme ésotérique, reposant sur la traduction en chinois du sûtra Mahavairochana. L'empereur de Chine lui-même favorise les écoles ésotériques de sorte que, lorsqu'il invite Miaole à venir lui rendre visite, ce dernier préfère refuser en prétextant une maladie. En fait, il est convaincu que l'empereur ne tiendra pas compte de ses arguments en faveur du bouddhisme de Tiantai et, par ailleurs, il ne recherche pas les honneurs. Toute sa vie est engagée dans la quête profonde d'un enseignement juste.
Une vie consacrée à la transmission
On doit à Miaole des commentaires sur chacune des trois grandes œuvres de Tiantai, souvent cités par Nichiren dans ses écrits. Ces commentaires ont en effet le mérite de clarifier les enseignements du maître et permirent ainsi de les propager plus largement en Chine puis, au-delà, jusqu'au Japon.
« Ce fut seulement lorsque le moine japonais Saicho (Dengyo) (767-822) se rendit en Chine et étudia les écrits de Zhiyi (Tiantai) et les commentaires de Zhanran (Miaole) [...] que les doctrines de l'école Tiantai purent être pleinement et correctement comprises par les Japonais, écrit Daisaku Ikeda. Elles furent alors transmises au Japon où elles formèrent la base de l'école Tiantai. »1
Mais, outre ses commentaires sur l'œuvre de Tiantai, Miaole écrivit aussi des ouvrages destinés à réfuter les enseignements des autres écoles, en particulier des écoles ésotériques, ce qui l'amena à formuler des principes nouveaux comme la non-dualité entre la vérité éternelle et les phénomènes dans leurs manifestations changeantes.
L'universalité de l'état de bouddha
Il affirma aussi que les êtres non sensitifs possédaient également l'état de bouddha, s'opposant en cela aux arguments des autres écoles de son temps. Développant les enseignements de Tiantai sur l'interdépendance de toute vie, il affirme que même les êtres ou les réalités considérés comme insensibles – arbres, montagnes ou terre – participent de la Loi merveilleuse.
Cette réflexion ne signifie pas que les objets deviennent des êtres conscients, mais qu'ils ne sont jamais séparés de la réalité ultime décrite par le Sûtra du Lotus. Cette vision renforce l'idée d'une profonde relation entre les êtres humains et leur environnement, thème particulièrement actuel...
De la Chine au Japon
Après Miaole, « l'école Tiantai et le bouddhisme chinois dans son ensemble tombèrent dans le déclin, entrant dans ce que l'on a appelé “la seconde période d'éclipse” [...] mais les enseignements de l'école furent correctement transmis au Japon [grâce aux efforts de Miaole et de ses disciples et du moine japonais Dengyo] et ils y demeurèrent florissants longtemps après avoir disparu de Chine. »2
Ce qu'en dit Nichiren...
Au sein de l’école Tiantai, apparut un moine appelé le Grand Maître Miaole. En raison de son extrême sagesse et de sa compréhension claire des enseignements de Tiantai, et bien qu’il ait vécu plus de deux cents ans après ce dernier, Miaole perçut que ses commentaires indiquaient la supériorité du Sûtra du Lotus. Tiantai y soulignait d’une part la supériorité du Sûtra du Lotus sur le Sûtra des profonds secrets et sur l’école Faxiang, introduits l’un et l’autre en Chine après l’époque de Tiantai, et, d’autre part, la supériorité du Sûtra du Lotus sur l’école Huayan et l’école Zhenyan, avec son Sûtra de Mahavairochana, deux écoles nées en Chine.
Jusqu’alors, soit parce que les disciples de Tiantai n’avaient pas eu assez de sagesse pour discerner ce qui n’allait pas, soit parce qu’ils avaient redouté les autres ou craint le pouvoir du souverain, aucun d’entre eux n’avait élevé la voix. À l’évidence, le sens correct des enseignements de Tiantai était sur le point d’être perdu et les doctrines erronées qui s’étaient répandues surpassaient celles qui avaient prévalu au sein de la Chine du Nord et de celle du Sud, dans la période antérieure aux dynasties des Chen et des Sui. C’est pourquoi Miaole écrivit des commentaires en trente volumes sur les œuvres de Tiantai, connus sous les titres suivants : Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration, Annotations sur le Sens profond du Sûtra du Lotus, et Annotations sur le Commentaire textuel du Sûtra du Lotus. Non seulement ces trente volumes de commentaires servirent en fait à éliminer les passages répétitifs dans les œuvres de Tiantai et à élucider des points qui n’étaient pas clairs, mais ils réfutèrent d’un coup les écoles Faxiang, Huayan et Zhenyan, qui avaient échappé aux critiques de Tiantai parce qu’elles n’existaient pas en Chine de son vivant.
Nichiren, Sur l’acquittement des dettes de reconnaissance, Ecrits, 707
Pour aller plus loin...
D. Ikeda, Une histoire du bouddhisme Mahayana - De l'Inde à la Chine, Acep, chap. IX : « Le bouddhisme Tang et l'oeuvre de Zhanran (Miaole) ».
Article adapté de l'Histoire du bouddhisme Mahayana, partie 8, paru dans Valeurs humaines n°129-130, juillet-août 2021.