Le 3 juillet 1945, le président Toda a été libéré de prison, après deux années d’incarcération pour s’être opposé au gouvernement militariste japonais. Ce même jour, douze ans plus tard en 1957, le président Ikeda a été placé en garde à vue sur la base de fausses accusations. Pour la quinzaine d’étude du mois de juillet, nous vous proposons d’approfondir la lutte contre l’injustice qu’ont menée les trois présidents fondateurs. Nous vous invitons à étudier un passage de votre choix parmi les trois suivants à l’occasion de vos réunions.
Extraits de La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, vol. 3, part. 2
À chaque fois que Josei Toda évoquait le
moment où il avait appris la mort de son maître,
son regard s’enflammait et sa voix
tremblait de rage. Il le relata un jour
en ces termes : « L’hiver approchait
quand M. Makiguchi est mort en prison. C’était le 18 novembre 1944. Il est
mort de malnutrition, affaibli par les
conditions d’incarcération particulièrement pénibles qu’il dut endurer à un
âge avancé. […] Nous ne nous sommes
jamais revus après notre brève rencontre au siège
de la police de Tokyo à l’automne de l’année
précédente (1943). Nous avons été ensuite séparés et
placés chacun en cellule d’isolement. Jour après jour, je
priais : “M. Makiguchi est âgé. Je voudrais que porte
sur moi seul le poids de nos deux condamnations
afin qu’il puisse rentrer chez lui dès que possible.”
Mais M. Makiguchi est mort. Je n’en ai été informé que
le 8 janvier de l’année suivante (1945), plus de cinquante
jours après. Je subissais un interrogatoire de la part d’un
juge chargé de l’enquête préliminaire et, à un moment
donné, ce dernier me dit brusquement : “Makiguchi est
mort.” J’eus l’impression que mon cœur se brisait en
deux. Quand j’ai regagné ma cellule d’isolement, je me
suis mis à verser des larmes amères. Ma peine était telle
que je m’écorchais les doigts et me cognais la tête contre
le mur de béton.
« Nul ne peut nier que M. Makiguchi est mort en ayant
fait preuve d’une dignité et d’un aplomb inébranlables.
Il est mort en martyr pour ses croyances. En fait, il a été
assassiné ! Par le gouvernement militariste, par l’État
shintoïste et par ces lâches qui se sont prosternés devant
les militaristes pour préserver leurs intérêts personnels
et pour se protéger. Et quel crime avait-il commis ? La
réalité, c’est qu’il a été assassiné pour avoir soutenu la
liberté de croyance. J’ai appris que la dépouille mortelle
de M. Makiguchi avait été sortie de prison par l’employé
de l’un de ses proches parents, qui l’avait porté sur son
dos. En cette période de guerre, il avait été impossible de
se procurer une voiture. Mme Makiguchi accueillit le
corps de son époux avec beaucoup de calme, malgré son
chagrin. On aurait pu compter sur les doigts des deux
mains le nombre de personnes présentes à ses funérailles.
Sans aucun doute, tous ceux qui s’abstinrent de venir
redoutaient le regard toujours aux aguets de l’opinion
publique et des autorités.
« M. Makiguchi était un éducateur, un érudit et un
philosophe hors pair, ainsi qu’un éminent bouddhiste,
qui lutta courageusement pour le bonheur des êtres
humains. Pour s’acquitter de sa dette envers lui, le
Japon ne trouva rien de mieux que de l’envoyer mourir en prison ! »
Shin’ichi n’oublia jamais combien Toda tremblait
d’indignation en prononçant ces paroles. À chaque
fois qu’il évoquait la mort de M. Makiguchi, Josei
Toda finissait toujours par dire, d’un ton furieux et
passionné : « C’est sûr, je vengerai mon maître. Cette
fois, je ne perdrai pas ! Je réaliserai à tout prix son rêve,
kosen rufu, et je créerai une société où la paix
prévaudra éternellement. Je prouverai au monde la grandeur
de M. Makiguchi. Ne crois-tu pas, Shin’ichi, que c’est
là le véritable défi pour un disciple ? »
Sa colère face à la nature démoniaque des autorités
qui avaient tué son maître, et son ardente détermination à
lutter contre elle ne l’abandonnaient jamais
un seul instant. La justice périra si les êtres humains
ne font pas preuve de colère contre le mal. En fait,
si les gens cessent de lutter activement contre l’injustice
et l’iniquité, il en résultera une justice hypocrite, qui
favorise la perpétuation du mal.
(La Sagesse pour créer le
bonheur et la paix, vol. 3 partie 2/2, Acep, p. 69-71)
Extraits de La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, vol. 3, part. 1
Ne pas faire de vagues, éviter toute confrontation
et fermer les yeux sur la malveillance
– quand tout le monde agit de cette manière, en
se comportant avec opportunisme, que devient
la société ? Elle se retrouve aux mains de personnes
corrompues, tandis que les personnes
bien intentionnées sont harcelées et opprimées. En tant que
bouddhiste, c’est inacceptable, affirmait M. Makiguchi. C’est pour cette
raison qu’il s’est dressé résolument pour lutter
en faveur du bien et contre le mal. Il a engagé
ce combat parce que ceux qui pratiquent le véritable
bouddhisme ne doivent
pas rester passifs et ignorer
ce qui est erroné et injuste.
Les gens corrompus
s’unissent volontiers pour
mettre leurs forces en commun, a dit M. Makiguchi
en guise d’avertissement.
Parce qu’ils sont conscients
de leurs propres manquements et faiblesses, disait-il,
ils sont mal à l’aise dès qu’ils
se retrouvent seuls. Ils n’hésitent
pas à se rassembler, notamment pour
se mettre sous la protection des puissants. De
plus, ils s’allient facilement contre un ennemi
commun. […]
Cependant, alors que les personnes viles s’assemblent
facilement, les personnes de bien ne
le font pas. Pourquoi ? M. Makiguchi
donna l’explication suivante : « Comme
les gens de bien n’ont pas ce type de défaillances ou
cette faiblesse de caractère, ils
restent indépendants et ne forment pas
d’emblée d’alliance contre la corruption, et c’est
ce qui fait d’eux des cibles
faciles pour ceux qui les oppriment. »
Contrairement aux gens corrompus,
les gens de bien ne sont ni faibles ni défaillants,
et ils ne dépendent en général de personne.
Par conséquent, M. Makiguchi disait : « Plus
les gens deviennent corrompus, plus ils oppriment
les bons – qui, à l’inverse, restent isolés les uns des autres
et sont collectivement faibles. À mesure que les premiers
se multiplient, les seconds s’affaiblissent, ce qui aboutit
à une société bien sombre. »
Les gens mauvais s’unissent et leur influence se
renforce davantage alors que les gens de bien ne créent
pas de liens entre eux, et leur pouvoir s’amenuise de
plus en plus. La société s’engage dans la direction de
la brutalité et de l’obscurité et devient inquiétante.
Les mots de M. Makiguchi décrivent malheureusement trop
bien l’état de la société japonaise et du
monde d’aujourd’hui.
Afin de contrer cette alliance du mal, il faut établir
une force clairement définie qui agit en faveur du
bien. C’est pourquoi M. Makiguchi a fondé la Soka
Kyoiku Gakkai (Société pour une éducation créatrice
de valeurs, prédécesseur de la Soka Gakkai) en tant
qu’alliance de personnes ordinaires qui défendent la
cause du bien. Les principes et les
théories abstraites ne suffisent pas ;
nous devons bâtir un mouvement
solide et durable, dédié à la cause
de la justice et du bien afin que les
gens puissent s’unir et ainsi former
une force qui sert le bien – c’est avec
cette conviction que M. Makiguchi
et M. Toda ont établi la Soka Gakkai.
Quand mon maître, M. Toda, fut
libéré de prison et se dressa seul
au milieu des ruines du Japon
d’après-guerre, la première chose
qu’il entreprit fut de reconstruire le mouvement de la
Soka Gakkai. Il ne ménagea aucun effort à cette fin.
Ce fut le point de départ de tous ses efforts. M. Toda
a souvent déclaré que la Soka Gakkai était une organisation
plus précieuse que sa propre vie. […]
Aujourd’hui, la Soka Gakkai est un mouvement de personnes
ordinaires sans égal. Nous avons hérité de la
vision fondatrice de M. Makiguchi et forgé un vaste et
puissant réseau de sagesse et de bien dans le monde,
que nous souhaitons étendre encore plus largement.
Quelles que soient les forces négatives qui s’uniront
contre nous – la Soka Gakkai, la SGI –, nous resterons
imperturbables. J’espère que vous comprendrez que
l’essor actuel de la Soka Gakkai est le résultat des bienfaits
qui découlent des luttes altruistes engagées par
M. Makiguchi et M. Toda au risque de leur vie contre
la nature dévastatrice de l’autorité.
(La Sagesse pour créer le
bonheur et la paix, vol. 3 partie 1/2, Acep, p. 149-152)
Extraits de La Nouvelle Révolution humaine, vol.4
L’arrestation et l’incarcération de Shin’ichi
avaient été pour lui un point de départ dans
l’action qu’il allait mener tout au long de sa
vie pour assurer la victoire de l’humanisme.
Shin’ichi n’oublierait jamais l’affection
profonde et indéfectible que lui témoignait son maître, à lui, son
jeune disciple. Juste avant
que Shin’ichi n’embarque
à l’aéroport de Haneda de
Tokyo pour aller se présenter
volontairement à
un interrogatoire au siège
de la police préfectorale d’Osaka,
le président Toda lui avait déclaré :
« Shin’ichi, si jamais la mort devait te
surprendre, j’accourrai à tes côtés, je te
protégerai de mon corps et je mourrai
avec toi. »
En pensant à ce qu’avait dû ressentir Toda en prenant congé de lui à
Haneda, Shin’ichi avait les yeux noyés
de larmes.
De surcroît, pendant que Shin’ichi
était en détention, Toda s’était personnellement rendu au parquet
d’Osaka afin de protester contre l’arrestation injuste de son jeune disciple.
Il estimait que c’était là son devoir.
Auparavant, le 12 juillet, Toda avait
organisé une réunion générale des membres
de la région de Tokyo au Stade national de
Kuramae afin de dénoncer les agissements du
siège de la police et du parquet du district de
la préfecture d’Osaka.
À son arrivée à Osaka, Toda avait sollicité un
entretien avec le procureur général. À l’époque,
le président de la Soka Gakkai était déjà d’une
maigreur alarmante. Son pas était mal assuré et
il devait être soutenu de chaque côté par les
responsables qui l’accompagnaient. L’effort qu’il lui
fallait fournir pour grimper l’escalier menant au
bureau du procureur lui coupait la respiration.
Toda était prêt à prendre la place de Shin’ichi
en prison. C’était un maître qui n’aurait pas hésité
à sacrifier sa propre vie pour ses disciples.
Dans le bureau du procureur général, il avait demandé
avec véhémence : « Combien de temps encore avez-vous
l’intention de garder mon innocent disciple en détention ?!
Si c’est moi que vous voulez, arrêtez-moi tout de suite ! »
Il avait exigé la libération immédiate de Shin’ichi.
En revenant de chez le procureur, Toda murmurait
avec une profonde frustration : « Comment se peutil qu’ils ne soient
même pas capables de comprendre, ne
serait-ce qu’en le voyant, que Shin’ichi n’est pas homme
à commettre un délit ? »
Après sa libération, lorsque Shin’ichi avait eu connaissance
des démarches entreprises par son maître, il en
avait versé des larmes. Cette confrontation de Toda
avec le procureur général avait également été pour
lui une démonstration éclatante de la manière dont
un responsable défend et protège le peuple.
Et maintenant, face à la tombe de son maître, les
paroles de ce dernier résonnaient dans son cœur :
« Luttez contre la nature démoniaque de l’autorité !
Protégez le peuple ! »
Shin’ichi récita trois Daimoku pénétrés d’un profond serment.
(La Nouvelle Révolution humaine, vol.4, « Rissho
Ankoku », Acep, p. 214-216)
Ce support est à retrouver dans le numéro de Valeurs humaines du mois de juin 2026.
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