Calligraphie du mot sô-ka, qui signifie “création de valeurs” | Tsunesaburo Makiguchi [© Seikyo Press]

L'idée de création de valeurs est au cœur de la philosophie de Tsunesaburo Makiguchi (1871-1944), premier président fondateur de la Soka Gakkai. Le nom même de « Soka Gakkai » signifie : société (gakkai) pour la création de valeurs (soka). C'est l'idée fondatrice de l'humanisme bouddhique tel qu'il est mis en action par les pratiquants de la Soka Gakkai internationale à travers le monde.

Les termes « valeur » et « création de valeurs » peuvent être source de confusion – en particulier si l'on entend « valeur » au sens de norme morale. La définition de ce que constitue une valeur est une grande question philosophique. Mais on peut simplement dire qu'une valeur est ce qui est important pour les gens, ce qui représente quelque chose de positif dans leur vie. C'est tout ce qui améliore et enrichit l'expérience humaine.

Dans le mouvement Soka, on parle de « création » de valeurs, car ces aspects positifs de la vie sont mis en avant et générés lorsque nous nous engageons de manière créative au cœur des défis de la vie quotidienne. Les valeurs sont créées par les êtres humains.

La création de valeurs est le propre des êtres humains. Quand nous faisons l’éloge de personnes pour leur “force de caractère”, nous reconnaissons en vérité leur capacité supérieure à créer des valeurs.
Tsunesaburo Makiguchi, Education pour une vie créatrice de valeurs, Ed. du Rocher, 1995, p. 26.

Pour Makiguchi, les valeurs n'ont donc pas d'existence propre, en dehors de la vie humaine, pas plus qu'elles ne se résument à un ensemble de critères de jugement moral. Elles ont toujours un sens pratique, concret, actif.

En fait, nous créons des valeurs (ou des « anti-valeurs ») à chaque instant, à travers la façon dont nous interagissons avec notre environnement. Selon notre intention et la force de notre détermination, la valeur que nous créons dans une situation donnée peut être positive ou négative, minimale ou infiniment grande. C'est nous qui en décidons.

Ainsi, même une situation à première vue négative – une relation conflictuelle, des problèmes financiers ou une mauvaise santé – peut servir d'opportunité pour la création de valeurs positives. Par exemple, on peut tirer de l'expérience d'avoir été injustement traité, un engagement à défendre ceux qui vivent la même situation.

En nous permettant d'accroître notre force vitale, notre sagesse et notre bonne fortune, la pratique bouddhique améliore notre capacité à concrétement transformer le négatif, et donc à créer des valeurs.

Parce que nous vivons au sein d'un réseau d'interdépendance, les valeurs positives que nous créons pour nous-mêmes bénéficient également aux autres. Ainsi, la détermination intérieure d'un individu à transformer sa situation particulière peut encourager, inspirer et créer des valeurs durables auprès de ses proches, voire dans la société.

L'apport de Makiguchi à la théorie des valeurs

Cette dernière idée se reflète dans la théorie des valeurs de Makiguchi, qui distinguait trois niveaux, ou trois catégories, de valeurs :

  • La beauté indique une valeur esthétique, la réponse émotionnelle positive produite par ce que nos sens et notre esprit éprouvent comme étant plaisant.
  • Le gain est ce que nous trouvons gratifiant, dans un sens plus large et durable que la valeur esthétique. Cela inclut mais n'est pas limité aux conditions matérielles qui soutiennent la vie dans son ensemble et la rendent plus pratique et plus confortable.
  • La bonté est ce qui contribue au bien-être durable et au progrès de toute une communauté humaine.

Cette articulation des trois valeurs de beauté, gain et bonté en une échelle, ou une pyramide, à trois niveaux témoigne du génie philosophique de Tsunesaburo Makiguchi.

Même avant sa conversion au bouddhisme de Nichiren en 1928, Makiguchi était convaincu que le but de la vie était d'être heureux. Alors que sa pratique et son étude du bouddhisme s'approfondissaient, Makiguchi a commencé à utiliser l'expression « le Grand Bien » pour indiquer un mode de vie dédié à la plus haute valeur : le bonheur de toute l'humanité. Cela peut être compris comme une reformulation pour le XXème siècle de l'idéal bouddhique de la voie du bodhisattva.

Il faut noter que, dans la théorie de Makiguchi, la « vérité », du tryptique des valeurs platoniciennes de « vérité, bonté, beauté », est remplacée par le « gain ». Tout en reconnaissant son importance fondamentale, Makiguchi considérait la vérité comme objective et indépendante des actions humaines. La vérité ne peut se créer. Elle ne peut donc pas être considérée comme une valeur dans le cadre de la philosophie pratique qu'il cherchait à élaborer.

On peut dire que la vérité est une base essentielle – indispensable, même – pour créer des valeurs, mais qu'elle n'en est pas une elle-même. Car tout dépend de ce que l'on en fait. Par exemple, la « vérité » de la Physique nucléaire nous sert à produire de l'électricité, ou à soigner les gens grâce à la radiothérapie. Mais elle est également à l'origine de la bombe atomique...

Il faut aussi noter que, contrairement à certains de ses contemporains, Makiguchi a rejeté l'idée que le « sacré » puisse être une valeur en soi. Il affirmait au contraire que le bonheur humain était la seule mesure authentique de la religion. Comme il l'écrivait :

Quel sens pourrait-il y avoir à la religion, si ce n'est de libérer les gens et le monde de la souffrance ? La valeur du gain ne revient-elle pas à libérer les gens de la souffrance ? La valeur de bonté ne revient-elle pas à libérer le monde de la souffrance ?

La philosophie de la création de valeurs est donc un appel à l'action – tels que nous sommes, là où nous sommes – pour contribuer au « Grand Bien » du bonheur humain. C'est à partir de l'effort d'orienter notre cœur vers cet objectif sublime (ce que le bouddhisme nomme le « grand voeu ») que nous gagnons en sagesse et en force, afin de façonner la réalité de la manière la plus créatrice de valeurs. Comme le dit Daisaku Ikeda :

La clé pour mener une vie épanouie et sans regrets est de nous consacrer à une cause, un objectif plus grand que nous.


Adapté de l'article Creating value du SGI Quarterly d'octobre 2006.

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