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Pour la quinzaine d’étude du mois de février, nous vous proposons d’approfondir cette notion des « Trois Corps » en commençant par l’étude d’un passage du 16e chapitre du Sûtra du Lotus, que nous récitons quotidiennement pendant la pratique de Gongyo.

De nos jours, quand Nichiren Daishonin et ses disciples récitent Nam-myoho-renge-kyo, ils expriment la joie, parce qu’ils sont certains de devenir inéluctablement des bouddhas éternellement dotés des Trois Corps.
Nichiren, OTT, 146.

 

Extrait du Cœur du Sûtra du Lotus

« Depuis que j’ai atteint la bouddhéité, un nombre incalculable de kalpa s’est écoulé, des centaines, des milliers, des dizaines de milliers, des millions et des milliards d’asamkhya. » (Le Sûtra du Lotus, SdL-XVI, 221)

D’un point de vue littéral, « depuis que j’ai atteint la bouddhéité » (Ji ga tokou bour rai) signifie : depuis que Shakyamuni est devenu Bouddha. Mais ce texte prend un sens beaucoup plus profond quand nous réfléchissons à sa signification implicite.
À propos de « atteint la bouddhéité », Josei Toda enseignait : « L’état de bouddha n’est pas quelque chose qui nous vient de l’extérieur. En fait, ce passage décrit clairement la fonction du Bouddha qui jaillit de l’intérieur de notre propre vie. »
Dans son sens littéral, il réfute l’idée que Shakyamuni atteignit l’illumination pour la première fois de son vivant en Inde et établit qu’il a, en fait, atteint la bouddhéité dans le lointain passé, répétant le principe, formulé plus tôt dans ce chapitre, de l’éternité de la vie du Bouddha. Mais, du point de vue de sa signification implicite, ce passage enseigne que la vie de tous les êtres humains est éternellement dotée des Trois Corps ou des Trois Propriétés illuminées du Bouddha.

Dans Les Enseignements oraux, Nichiren Daishonin indique que ce passage fait allusion aux Trois Corps d’un bouddha. (OTT, 133) Ce passage se réfère aux Trois Corps qui constituent la vie fondamentale du Bouddha et indique que, depuis le passé sans commencement de kuon ganjo, nos vies, également, sont dotées de ces Trois Corps. Telle est la signification de ce passage, du point de vue du bouddhisme de Nichiren Daishonin. […]
Du point de vue de la signification implicite de ce passage, le Bouddha qui atteignit l’illumination dans le lointain passé n’est pas « devenu » bouddha en éliminant les neuf états, mais possède simultanément les neuf états et l’état de bouddha. C’est ce que signifient les termes « éternellement doté des Dix États ». « Éternellement doté » signifie possédant dès l’origine ou de manière inhérente.
Cela décrit l’essence originelle d’une vie « que l’on n’a pas lutté pour obtenir, qui n’a pas connu d’amélioration, mais qui existe exactement comme elle a toujours été » (OTT, 141).
C’est également ce que l’on appelle kuon ou « non créé ». C’est le véritable aspect originel de la vie telle qu’elle est. Manifester cette essence de la vie qui existe telle quelle signifie développer et utiliser pleinement le pouvoir inhérent à notre vie. […]
« Que chacun de vous entoure les caractères ji (soi) et toku (atteint) », disait M. Toda d’une voix légèrement rauque qui résonnait à travers toute la pièce. Et chacun entourait les deux mots d’un cercle au crayon. Certains semblaient fascinés, d’autres, incrédules, prenaient une expression qui semblait dire « pourquoi nous faites-vous faire cela ? »
Le président Toda regardait dans la salle, observant la réaction de chacun. Puis il continuait :
« Quand nous réunissons ces deux mots nous obtenons jitoku (atteint par soi-même) et ce qui reste est ga bour raï (moi le Bouddha venu). “Moi” désigne le corps du Dharma ou propriété de la Loi, “le Bouddha”, le corps de la rétribution ou propriété de la sagesse, et “venu” le corps manifesté ou le corps manifesté de l’action1  ; autrement dit, cela désigne le corps en Trois Corps ou les Trois Propriétés illuminées du Bouddha. Par conséquent, du point de vue du bouddhisme de Nichiren Daishonin, Ji ga tokou bour rai signifie que nous obtenons par nousmême les Trois Propriétés de l’illumination. » […]

La signification des Trois Corps
[…] Les Trois Corps représentent le pouvoir, inhérent à la vie, de goûter pleinement sa propre existence et de conduire les autres au bonheur grâce à la Loi merveilleuse. Éveiller « le véritable soi qui désire son propre bonheur et celui des autres » est véritablement la plus grande de toutes les joies et celle qui procure la plus grande sérénité de l’esprit.
[…] Les Trois Corps deviennent manifestes dans la vie de ceux qui luttent contre l’adversité et font tous leurs efforts pour faire progresser kosen rufu en tant que bodhisattvas surgis de la Terre. […]
« Il est impensable d’être vaincu ! » Cela résume leur esprit. Chacun devait faire face à des situations dramatiques. Mais ils ont agi en utilisant chaque parcelle de leur force. Leurs actions, leurs mots et leurs gestes d’encouragement ont été source d’espoir et de courage pour d’innombrables autres personnes.
Les pratiquants se sont tournés sincèrement vers le Gohonzon afin de réciter Daimoku pour leurs amis dans la souffrance au point d’en oublier le temps qui passait. En voyant les visages déformés par l’angoisse de leurs amis, ils leur ont tenu des propos pleins de confiance et de courage : « Tout ira bien maintenant. Nous allons surmonter tout cela, c’est certain ! » Personne ne leur avait donné l’ordre d’agir ainsi. D’ailleurs, personne ne pourrait exiger de quiconque de tels efforts pour aider les autres.
Quand nous sommes prisonniers de ce que pensent les autres, des formalités et des apparences, nous ne pouvons pas manifester le pouvoir éternellement présent dans nos vies. Mais nous pouvons manifester un tel pouvoir quand nous nous consacrons sincèrement aux autres et à kosen rufu.
Le Bouddha doté depuis toujours des Trois Corps (pouvoir sans limite inhérent à la vie) se manifeste de manière vibrante dans une personne d’un tel esprit, motivée par une détermination si absolue, et agissant de cette manière. Chez qui, sinon chez une telle personne, pourrait apparaître le Bouddha ? À qui pourrait donc s’appliquer la phrase « le Bouddha doté des Trois Corps » ? Ce sont nos propres vies qui sont décrites par le passage des Enseignements oraux qui dit : « Si, en un seul instant de vie, nous exerçons les efforts de millions de kalpa, alors, d’instant en instant, les Trois Corps du Bouddha qui nous sont originellement inhérents se manifesteront en nous. » (OTT, 214)
(Le Cœur du Sûtra du Lotus, chap. 29, Acep, p. 227-231. Titre épuisé)

 

Extrait de La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 2

La dignité suprême de l’être humain
D. Ikeda. L’enseignement de Nichiren Daishonin réfute toutes les philosophies et religions qui forcent les êtres humains à s’agenouiller devant I’« autorité religieuse », et il permet, au contraire, d’« ouvrir » la grande vie sacrée qui existe en eux-mêmes. C’est pour cette raison qu’il rencontra de grandes persécutions. Sa lutte fut une grande lutte pour les Droits humains, menée avec un courage indomptable. Nichiren écrit, dans La réalité ultime de tous les phénomènes :
« Un homme du commun a en lui l’essence des Trois Corps, et c’est un véritable bouddha. Un bouddha est une fonction des Trois Corps, et un bouddha provisoire. » (Écrits, 388)
[…] C’est la déclaration ultime de l’« humanisation » du bouddhisme. L’enseignement de Nichiren Daishonin est une école d’humanisme qui illuminera le troisième millénaire, à partir du XXIe siècle, pour les dix mille ans et plus de l’époque de la Fin de la Loi.
(La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 2, chap. 27, « Déclaration par Shakyamuni de la dignité suprême de l’être humain », Acep, p. 54)

D. Ikeda. Se considérer comme « seulement ordinaire » est une grande erreur. La fraîche brise du Sûtra du Lotus dissipe les nuages noirs de ce genre d’illusion, Il n’établit aucune discrimination entre les personnes ordinaires. Au contraire, il enseigne que tous les êtres humains sont en eux-mêmes des bouddhas, que chaque être humain est digne du plus grand respect ! Nichiren Daishonin donne à ce point essentiel du Sûtra du Lotus son expression ultime en écrivant :
« Un homme du commun a en lui l’essence des Trois Corps, et c’est un véritable bouddha. Un bouddha est une fonction des Trois Corps, et un bouddha provisoire. En ce sens, l’idée que le bouddha Shakyamuni possède les trois vertus de souverain, de maître et de parent pour le bien de chacun d’entre nous, êtres vivants, n’est pas exacte. Ce sont au contraire les hommes du commun qui le dotent des trois vertus. [...] Le “véritable Bouddha” correspond ici aux hommes du commun, alors que “les bouddhas provisoires” correspondent aux bouddhas. » (La réalité ultime de tous les phénomènes, Écrits, 388)
Cette déclaration est d’une grande importance non seulement pour le bouddhisme, mais aussi pour toutes les autres religions. Traditionnellement, les religions placent les êtres suprêmes, comme les dieux ou les bouddhas, au-dessus des êtres humains. Nichiren Daishonin affirme, sans la moindre équivoque, que les dieux et les bouddhas n’existent que grâce aux êtres humains et n’ont d’autre fonction que de contribuer à les rendre heureux. Voilà la formidable proclamation d’une religion au service des êtres humains.
(La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 2, chap. 41, « La transmission aux bodhisattvas sortis de la terre », Acep, p. 408)

D. Ikeda. Les bouddhas surhumains ne sont qu’illusoires. Ils n’ont rien à voir avec la réalité. Les seuls bouddhas réels sont des personnes ordinaires qui font jaillir dans leur vie, à chaque instant, le pouvoir éternel de la vie du temps sans commencement. Aucun bouddha n’existe en dehors des êtres humains. Un bouddha placé au-dessus du genre humain est un subterfuge, un expédient, un moyen opportun. Par conséquent, la manière correcte de vivre consiste à assumer avec dignité notre condition humaine, en continuant à progresser sur la voie suprême de la vie. Vivre ainsi, c’est être bouddha.
(La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 2, chap. 42, « La transmission au bodhisattva Pratiques-Supérieures (Jogyo) », Acep, p. 441)

 

Pour aller plus loin...

  • Le Monde du Gosho, vol. 2, chap. 13, « La grande lutte pour changer le destin de l’humanité », Acep, p. 88-89.
  • La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, vol. 1, chap. 3, « Le Gohonzon n’apparaît que dans la seule foi », Acep, p. 89-91.
  • La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 2, chap. 53, « Le Sûtra du Lotus enseigne la non-dualité de maître et disciple », Acep, p. 739.
  • La Sagesse pour créer le bonheur et la paix, vol. 1, chap. 7, « Le bonheur pour soi et pour les autres », Acep, p. 247-249.
  • La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 1, chap. 16, « Maître de la Loi », Acep, p. 424-425.
 

Ce support est à retrouver dans le numéro de Valeurs humaines du mois de février 2026.
Valeurs humaines est le mensuel des associations Soka du bouddhisme de Nichiren. Abonnement / Achat au numéro

 
  • 1. Trois Corps du Bouddha. Trois sortes de corps dont un bouddha est doté. Ce sont le Corps du Dharma, le Corps de rétribution et le Corps de manifestation. Le Corps du Dharma représente la vérité fondamentale, ou Loi, à laquelle le Bouddha s’est éveillé. Le Corps de rétribution correspond à la sagesse d’avoir compris la Loi bouddhique. Le Corps de manifestation renvoie aux actions bienveillantes du Bouddha pour conduire les êtres vivants au bonheur.
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