Pour la quinzaine d’étude du mois de septembre, nous vous proposons de nous replonger dans les aspects révolutionnaires du Sûtra du Lotus.
Introduction
En voyant le manuscrit en sanskrit* du Sûtra du Lotus découvert par Nikolai Petrovsky, Daisaku Ikeda s’est exprimé ainsi : « Le texte a l’air de se réjouir, il rayonne et sourit. Les manuscrits, certes composés de caractères et de textes, ne sont pas de simples textes. Ils sont “la Vie” même. Ils semblent résonner au rythme sous-jacent de l’univers. Ils sont, telles des vagues puissantes, l’expression même du rythme, de la force vitale*. » Cette puissante conception caractérise la base philosophique du mouvement Soka.
Extraits de Sûtras bouddhiques : un héritage spirituel universel
Si le Sûtra du Lotus s’est répandu et a touché le
cœur de tant de personnes, c’est parce que ce
texte revêt une signification religieuse
profonde, accessible à tous, et que les
idées qu’il expose sont énoncées avec
force et simplicité.
Le bouddha Shayamuni s’est éveillé
au fait qu’existait en lui-même un
vaste « univers intérieur » qui ne faisait qu’un avec
le grand univers extérieur, et qu’il identifia comme étant
le Dharma ou la Loi de la vie.
Après son Illumination, sa sagesse et sa compassion l’amenèrent à se préoccuper du salut
des êtres humains. Ces nobles vertus s’incarnent
dans les nombreux écrits bouddhiques qui nous
sont aujourd’hui parvenus et qui ornent l’histoire
du bouddhisme. Le Sûtra du Lotus, en particulier,
représente un effort pour exprimer et concrétiser
le Dharma auquel Shakyamuni lui-même s’était
éveillé. Ce sont les peuples d’Asie, où il s’est le plus
largement répandu, qui l’ont le plus manifestement
adopté, mais il a touché le cœur de nombreuses
personnes dans le monde entier.
Dans un souci de compréhension mutuelle entre
« civilisation occidentale et civilisation orientale »,
je souhaiterais aborder les enseignements du Sûtra
du Lotus sous trois perspectives différentes, qui me
paraissent essentielles :
▪ La coexistence de tous les êtres vivants
▪ La quête de l’éternité
▪ L’établissement d’une paix durable
La coexistence de tous les êtres vivants
Ce concept est pour la première fois abordé dans le
chapitre « Moyens opportuns » (II) du Sûtra du Lotus.
Dans ce chapitre, le Bouddha, mentionnant la raison pour laquelle il est apparu en ce monde, parle
d’« une seule et grande raison », à savoir, « ouvrir
la porte » de la sagesse du Bouddha, « la montrer »,
« y éveiller » les êtres vivants, et les « inciter à la
suivre ». Ce que l’on appelle ici sagesse du Bouddha
est cette sagesse qui est concrétisée et qui brille dans
la force vitale de l’univers ; selon Zhiyi, appelé aussi
Tiantai, de Chine, c’est une autre façon de nommer
l’état de bouddha.
Dans le Sûtra du Lotus, il est clairement affirmé
que des personnes, traditionnellement considérées
comme de capacités inférieures, principalement
représentées par les personnes des deux catégories
d’auditeurs et de pratyekabuddha (personnes parvenues
à l’éveil par et pour elles-mêmes), ainsi que
les femmes, sont toutes dotées de cette sagesse du
Bouddha qui fait partie de leur nature inhérente.
Ainsi, toutes les notions d’ethnie, de culture, de genre
ou d’origine sociale sont relativement négligeables ;
tous les êtres humains possèdent de manière inhérente
l’état de bouddha, et, lorsqu’ils en prennent
activement conscience, ils ont la possibilité de s’engager sur la voie d’un bonheur profond et durable.
Le fait que, transcendant toutes les catégories de
genre, de culture et d’ethnie – toutes les catégories
quelles qu’elles soient –, tous les êtres humains ont
la capacité de mener des vies pleinement accomplies,
rend possible une culture mondiale de coexistence
et d’harmonie.
[...]
La partie du Sûtra du Lotus que j’appellerai « la quête
de l’éternité » commence par l’apparition de la Tour
aux trésors, sujet du chapitre XI, qui porte ce nom. [...]
Puis, dans le chapitre « Surgir de la terre », (XV), la
terre s’ouvre de nouveau et une multitude de bodhisattvas apparaissent et saluent l’assemblée. Le bodhisattva Maitreya, exprimant la perplexité de toute
l’assemblée, demande : « D’où viennent-ils ? » Dans
le chapitre qui suit, « La durée de la vie de l’Ainsi-Venu » (XVI) Shakyamuni répond à la question de
Maitreya, et évoque le Bouddha éternel, en révélant
clairement son identité de Bouddha ayant obtenu l’illumination depuis des temps immémoriaux.
Le Bouddha éternel est identique au Dharma éternel ; le Bouddha qui incarne le rythme qui sous-tend l’univers.
Le chapitre « Durée de la vie » révèle la nature toujours présente du Bouddha éternel, qui apparaît
en notre monde saha pour le salut de tous les êtres
vivants, bien que le Bouddha transcende le domaine
des phénomènes et le cycle de la vie et de la mort.
[...]
L’établissement d’une paix durable, le troisième point,
est révélé dans le Sûtra du Lotus par les bodhisattvas
surgissant de la terre, qui représentent la force vitale
de l’univers, et par les autres bodhisattvas dépeints
dans les derniers chapitres du Sûtra. Ces chapitres
décrivent le bodhisattva Roi-de-la-Médecine, spécialisé dans les remèdes et s’intéressant à tout ce qui
peut préserver la vie ; le bodhisattva Son-Merveilleux,
qui symbolise la création artistique, notamment dans
le domaine de la musique ; le bodhisattva Sagesse-Universelle, qui représente les qualités d’apprentissage et d’intelligence ; et le bodhisattva appelé
Sensible-aux-Sons-du-Monde, décrit comme celui
qui prête l’oreille à tous les malheurs et toutes les
détresses des habitants du monde, pour se précipiter à leur secours afin de les rendre courageux et
sans peur.
Un bodhisattva, appelé Jamais-Méprisant, est digne
d’une attention toute particulière, en raison du caractère pacifique de son comportement.
Il tire son nom d’une phrase qu’il a coutume de
prononcer, « j’ai un profond respect pour vous, je
ne vous traiterai jamais avec mépris ou arrogance »,
phrase qu’il adresse à tous ceux qu’il rencontre.
Ce nom décrit son attitude, son respect pour l’état
de bouddha que chacun possède de manière inhérente.
Jamais-Méprisant va partout en s’inclinant
simplement devant les gens, comme il est dit dans
le Sûtra, pour rendre ainsi hommage à leur valeur
et à leur intégrité intrinsèques.
Ainsi, le Sûtra du Lotus enseigne que l’état de bouddha
est inhérent à tous les êtres vivants et qu’il peut se
manifester dans notre réalité quotidienne. Une véritable coexistence pacifique verra le jour quand cette
égalité intrinsèque de tous les êtres vivants sera largement reconnue et partagée.
Le Sûtra du Lotus définit le Bouddha éternel et le
Dharma éternel comme la « force vitale de l’univers », et décrit de quelle façon les citoyens du monde
peuvent contribuer à l’avènement d’une paix durable
globale, en s’inspirant des qualités et des activités respectives des bodhisattvas qui s’y manifestent.
(Extrait du message de Daisaku Ikeda adressé lors de
l’inauguration de l’exposition « Le Sûtra du Lotus :
un message de paix et de coexistence harmonieuse »,
In Sûtras bouddhiques : un héritage spirituel universel
– Manuscrits et iconographie du Sûtra du Lotus, p. 13,
Les Indes savantes, 2016)
Extraits de La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 1
Le Sûtra du Lotus enseigne que le « grand trésor
caché du cœur », aussi vaste que l’univers,
dissipe tout sentiment d’impuissance et suscite
une manière de vivre pleine de
vigueur, dans laquelle nous ressentons l’immensité
de la vie de l’univers. C’est là l’enseignement de
la véritable grande aventure que
constitue la réforme de soi-même.
L’élévation et l’ampleur du Sûtra
du Lotus permettent de conduire
tous les êtres humains sur le chemin de la paix.
Ce Sûtra donne
un parfum magnifique à la culture et aux arts.
Il nous conduit à l’état de vie le plus élevé,
imprégné des vertus de l’éternité, de la joie,
du véritable soi et de la pureté, pour que nous
puissions dire, où que nous soyons : « Cette
terre, qui est la mienne, demeure paisible et sûre. »
( SdL-XVI, 222)
Le Sûtra du Lotus lutte également pour la justice, contre le mal. Il a la chaleur qui réconforte
une personne épuisée. Il inspire le courage
vibrant, palpitant qui fait fuir la peur. Il est
un chœur de joie, car il permet d’atteindre la
liberté sans limite au cours des trois phases de
la vie (passé, présent futur).
[...]
Il nous éveille à la vérité universelle selon
laquelle si notre cœur ou notre attitude change,
nous pouvons tout transformer. Ni désert aride
de l’individualisme ni prison du totalitarisme,
il a le pouvoir de concrétiser la Terre pure de
la compassion dans laquelle les hommes se
complètent et s’encouragent mutuellement. [...]
Nous pouvons trouver dans le Sûtra du Lotus, le
roi des sûtras, l’humanisme fondamental dans
lequel les êtres humains sont le but et l’objectif, à la fois protagonistes et souverains. Nous
pourrions peut-être appeler l’enseignement du
Sûtra du Lotus un « humanisme cosmique ».
(La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. I, Acep, p. 20-21.)
Extraits de QGI Quarterly, avril 2000
La manifestation de la nature de bouddha chez
un être humain n’est pas fonction du sexe, de
l’origine ou de la position sociale. Du point
de vue élevé de la spiritualité contenue dans
le Sûtra du Lotus, tous les êtres humains sont
égaux et possèdent le même potentiel. Aussi
Nichiren, fermement convaincu de l’égalité des
hommes et des femmes, avait fait le vœu de
partager le message d’espoir du Sûtra du Lotus
avec toutes les femmes du Japon. Il écrit, par
exemple : « Il ne devrait pas y avoir de discrimination entre ceux qui propagent les cinq caractères de Myoho-renge-kyo, à l’époque de la Fin
de la Loi, qu’ils soient hommes ou femmes. »1 [...]
Dans le XIIe chapitre (« Devadatta ») du Sûtra
du Lotus, Shakyamuni démontre que la bouddhéité est accessible aux femmes, à travers
l’exemple de la fille du roi-dragon. Il est frappant de constater qu’elle est le premier personnage du récit du Sûtra à atteindre concrètement
l’illumination.
Cette fille au corps de dragon, âgée de huit
ans, atteint la bouddhéité en un instant, sous
les yeux émerveillés de toute l’assemblée des
auditeurs, illustrant le principe de l’atteinte de
la bouddhéité sans changer d’apparence. Elle
bouleverse la conception prévalente que l’illumination ne devait être obtenue qu’après de
douloureuses pratiques, après une très longue
période.
Aussi, pour Nichiren, l’illumination des femmes
est un principe crucial qui, d’une part, prouve la
grande élévation du Sûtra du Lotus et, d’autre
part, garantit l’atteinte de la bouddhéité pour
tous. Dans l’un de ses écrits, il affirme : « Le
Grand Maître Tiantai Zhiyi, qui fut le premier
à exposer en Chine le véritable sens du Sûtra du
Lotus, déclara : “Les autres sûtras prédisent uniquement la bouddhéité […] pour les hommes
et non pour les femmes. […] Ce Sûtra prédit la
bouddhéité pour tous.”
Ces interprétations n’indiquent-elles pas clairement que,
parmi tous les enseignements dispensés par le Bouddha de
son vivant, le Sûtra du Lotus vient en premier et que, parmi
les enseignements du Sutra du Lotus, celui de l’atteinte de
la bouddhéité par les femmes est le plus important ? » [...]
Le bouddhisme considère les distinctions telles que
le sexe, [l’ethnie], l’âge comme des différences ayant
comme seule fonction d’enrichir notre expérience
individuelle et la société humaine dans son ensemble.
Le Sûtra du Lotus est parfois appelé l’enseignement
de la non-discrimination, car il révèle que l’état de
bouddha est inhérent à tous les phénomènes. Il n’y
a pas de différences entre les hommes et les femmes
dans leur capacité à atteindre la bouddhéité, car ils
sont, au même titre, des manifestations de la vie de
l’univers. [...]
Au sujet de l’égalité entre hommes et femmes,
Daisaku Ikeda déclare : « L’essentiel est que les femmes
aussi bien que les hommes deviennent heureux en tant
qu’êtres humains. L’objectif est de devenir heureux ; tout
le reste n’est qu’un moyen. »2 [...] « Le point essentiel de
cette “Déclaration des droits de la femme” que constitue
le Sûtra du Lotus est que, chaque personne a en elle la
possibilité et le droit de développer l’état de vie qui procure le plus grand bonheur. »3
(Adapté de l’anglais The Enlightenment of Women,
SGI Quarterly, avril 2000)
Pour aller plus loin...
- La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 1, « L’illumination de la fille du roi-dragon est une déclaration solennelle de l’égalité des hommes et des femmes », Acep, p. 525 à 556.
- La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 2, « Un désir de vivre irrépressible – L’esprit du chapitre “Durée de la vie” », Acep, p. 7-29.
- Le Cœur du Sûtra du Lotus, Introduction – Souvenirs de mon maître, p. 7-17 ; Chap. 39 « Sur "À tout moment je m’interroge…”, conclusion du chapitre “Durée de la vie” du Sûtra du Lotus », Acep, p. 281 à 286.
- Le Sûtra du véritable acquittement des dettes de reconnaissance, Écrits, 938, Commentaires des écrits de Nichiren, vol. 12, Acep, p. 123-154.
- L'illumination des femmes
Ce support est à retrouver dans le numéro de Valeurs humaines du mois de juillet-août 2026.
Valeurs humaines est le mensuel des associations Soka du bouddhisme de Nichiren. Abonnement / Achat au numéro
- * ↑ Lors de la première exposition sur les manuscrits bouddhiques organisée par l’Institut de philosophie orientale (IOP) en novembre 1998 à Tokyo.
- 1. ↑ Le Sûtra du véritable acquittement des dettes de reconnaissance, Écrits, 941.
- 2. ↑ D. Ikeda, La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 1, Acep, p. 547-548.
- 3. ↑ Ibid., p. 555.