Tsunesaburo Makiguchi, en novembre 1940. [© Seikyo Shimbun]

Tsunesaburo Makiguchi (1871-1944) fut un penseur visionnaire. Géographe, pédagogue, philosophe et réformiste religieux, il vécut durant la période tumultueuse du début de l'ère moderne du Japon. Son opposition au militarisme et au nationalisme japonais le conduisit à être incarcéré et à mourir en prison durant la Seconde Guerre mondiale.

Makiguchi est surtout connu pour ses deux oeuvres majeures, La géographie de la vie humaine et Éducation pour une vie créatrice de valeurs, ainsi que pour avoir fondé, en 1930, la Soka Gakkai.

Le bonheur de l'individu est la notion centrale de ses écrits ainsi que de son travail en tant qu'enseignant et directeur d'école. Mais c'est dans son rôle de réformiste religieux que son dévouement à cette cause se manifesta le plus clairement. En effet, il rejeta toute tentative des autorités militaristes de subvertir l'enseignement bouddhiste, insistant sur le fait qu'une religion ne devait exister que pour servir les êtres humains, et par conséquent, fut emprisonné.

Jeunesse

Tsunesaburo Makiguchi naît le 6 juin 1871 dans le village d'Arahama. Séparé très tôt de ses parents, il est élevé par son oncle. Elève brillant, il est admiré pour son intelligence et sa vivacité d'esprit.

A l'âge de 14 ans, il quitte son oncle pour s'installer dans la ville d'Otaru dans le Hokkaido (île du nord du Japon). Tout en travaillant pour vivre, il suit des cours du soir. Son sérieux impressionne ses supérieurs, qui l'invitent à s'inscrire au concours de l'Ecole normale. Il s'y présente avec succès en 1889. Cette entrée dans le monde de l'enseignement marque un tournant décisif dans sa vie. A cette époque, la vie à l'Ecole normale se résumait à une discipline militaire - on n'y parlait que de patriotisme et du respect dû à l'Empereur.

L'élaboration d'une nouvelle forme d'éducation

Sa carrière d'enseignant commence en 1892, à l'âge de 21 ans. Il crée progressivement une nouvelle méthode d'enseignement basée sur la réalité quotidienne des enfants visant à stimuler leur participation à la vie de leur communauté. Entre 1895 et 1901, il publie un nombre important d'articles dans une revue éducative.

Il développe également une approche nouvelle de la géographie. Rejetant la seule accumulation des connaissances, Makiguchi s'intéresse aux interrelations entre les êtres vivants et leur environnement. Sa conception de l'individu comme fondamentalement créateur apparaît à cette époque. En 1897, il entreprend la rédaction d'un ouvrage de géographie à l'intention des éducateurs, La géographie de la vie humaine. Il consacre quatre années à cet ouvrage qui comptera plus de 2 000 pages en 1901.

Un esprit révolutionnaire

La même année, il part pour Tokyo, puis y publie son livre en 1903. Il est un moment attiré par la révolution sociale, mais il s'oppose à sa démarche violente. Pour lui, la transformation de la société doit passer par le développement spirituel des individus. En 1912, il publie un deuxième livre, Etudes sur la culture populaire. En 1913, il est nommé directeur d'école.

En 1920, il rencontre Josei Toda, un jeune enseignant venu, lui aussi, du nord du Japon. Une relation profonde de maître et disciple s'instaure entre eux. Toda commence dès lors à soutenir l'action de Makiguchi, qui va déboucher sur la publication de l'ouvrage Soka Kyoiku Gaku Taikei (Education pour une vie créatrice de valeurs).

« Un enseignement qui sacrifie le bonheur présent de l'élève au nom d'un bonheur futur hypothétique viole à la fois la personnalité de l'enfant et le processus d'apprentissage lui-même », déclarait Makiguchi. Il prône une éducation faisant appel à la personnalité toute entière, faite de raison, d'émotion et de volonté.

Rencontre avec le bouddhisme de Nichiren

En 1928, Tsunesaburo Makiguchi rencontre le bouddhisme de Nichiren par l'intermédiaire d'un autre directeur d'école. La logique de cette religion, l'accent mis sur l'action concrète dans la société, le fait qu'elle constitue une base spirituelle et philosophique pour la vie quotidienne, tout cela séduit Makiguchi qui se convertit alors. Pour réaliser son vœu d'éveiller le potentiel de la vie humaine et de créer des valeurs dans l'éducation, Makiguchi et son disciple Toda fondent en 1930 l'association Soka Kyoiku Gakkai (Association pour une éducation créatrice de valeurs).

A mesure que sa compréhension du bouddhisme s'affirme, la pensée de Makiguchi évolue : le bouddhisme de Nichiren devient à ses yeux la base de la régénération, non plus seulement de l'éducation mais de l'ensemble de la nation. Sa vision s'étend progressivement à l'ensemble du peuple et à ses conditions de vie.

Le combat contre l'autoritarisme militaire

En 1939, le gouvernement japonais promulgue une loi ordonnant le regroupement de tous les courants religieux sous la bannière ultra-nationaliste du shintoïsme d'état. L'héritage philosophique de Nichiren Daishonin se trouve menacé. Makiguchi commence alors son combat contre la dictature militariste japonaise. En s'opposant à cette unification de la pensée, il attire bientôt sur lui et sur l'association des mesures de répression. En mai 1942, la revue de l'association est interdite. Le 6 juillet 1943, Makiguchi est arrêté avec son disciple Toda, ainsi qu'une vingtaine de responsables du mouvement.

Incarcéré dans des conditions extrêmement difficiles pour son âge (il a alors 72 ans), il subit des interrogatoires répétés et poussés. Mais, suivant l'exemple de Nichiren Daishonin, Tsunesaburo Makiguchi reste fidèle à ses principes et à ses convictions bouddhiques. Il s'éteint dans l'hôpital de la prison, le 18 novembre 1944, à l'âge de 73 ans.


› Site de présentation de Tsunesaburo Makiguchi (en anglais)

Tsunesaburo Makiguchi et son jeune disciple, Josei Toda (à gauche), en 1930. [DR]

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