Vimalakirti debatant avec le bodhisattva Manjushri. Détail d'une peinture murale de la cave 103 de Dunhang, Chine. Dynastie Tang, VIIIe siècle.

Les écrits bouddhiques dépeignent Vimalakirti comme un riche marchand de la ville de Vaishali, qui vécut du temps du Bouddha Shakyamuni et fut l’un de ses plus brillants disciples laïcs.

Éloquent, amical et vertueux, ce personnage a toujours joui d’une grande popularité auprès des croyants laïcs du bouddhisme Mahayana. Le sûtra qui porte son nom fut le plus lu et le plus commenté après le Sûtra du Lotus. Les grands maîtres du bouddhisme comme Nagarjuna et Tientai tenaient ses enseignements en haute estime, et Nichiren le cite à plusieurs reprises dans ses écrits.

Un enseignement sur la compassion

Le Sûtra Vimalakirti relate l'histoire suivante : Vimalakirti, marchand prospère de Vaishali, est gravement malade. Rois, dignitaires aussi bien que gens du peuple, tous affluent à son chevet, tant ils lui vouent une affection et un respect profonds. Shakyamuni désire également envoyer ses disciples lui rendre visite et s'enquérir des causes de sa maladie. Mais, lorsqu’il leur demande, tous se récusent, arguant que la verve de Vimalakirti les avait autrefois réduits au silence au cours d'un débat.

Le Bouddha envoit finalement Manjushri, bodhisattva de la Sagesse suprême, au chevet du malade. L’échange qui s’ensuit entre les deux sages, le laïc et le religieux, donne alors lieu à l’un des enseignements les plus profonds du bouddhisme Mahayana. Vimilakirti expose en particulier le principe important de sunyata, vide, ou non-substantialité (jap.: ).

Au cours de ce dialogue, on apprend également que la maladie de Vimalakirti provient de son empathie envers les malades et ceux qui souffrent. Ici, le message est que la maladie du bodhisattva provient de son sens profond de la responsabilité face à la souffrance de tous les autres êtres. C’est une illustration du principe de compassion bouddhique.

La voie du bodhisattva

Cette profonde compassion est caractéristique de l’état de vie de bodhisattva, dans lequel on réalise pleinement la relation de non-dualité entre soi et les autres, et où l’on a donc constamment à coeur de « retirer la souffrance et apporter la joie » autour de soi. Mais on ne peut réaliser cela qu’en traversant soi-même les Quatre souffrances inhérentes à l’existence humaine que sont la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort. C’est pourquoi, au cours du dialogue, Vimalakirti a cette formule, demeurée connue :

Parce que tous les êtres sont malades, je le suis aussi. Si la maladie de tous les êtres est éradiquée, ma maladie sera aussi éradiquée. Le bodhisattva entre sur la voie de la naissance et de la mort pour le bonheur de tous les autres êtres. Sur la voie de la naissance et de la mort, il y a naturellement la maladie. Si les êtres sont libérés de la maladie, le bodhisattva sera aussi libéré de la maladie.

Comment apporter de l’espoir autour de soi si ce n’est en traversant victorieusement les épreuves par lesquelles passent tous les autres êtres humains ? La voie du bodhisattva consiste à plonger au coeur des réalités de l’existence.

A ce titre, il est particulièrement significatif de noter que Vimalakirti n’est ni un moine ni un sage retiré du monde. C’est un riche commerçant, un homme actif, impliqué dans les affaires de la cité et aimé de ses concitoyens. C’est, en outre, un père de famille qui, s’il le faut, va jusque dans les « mauvais lieux » pour y enseigner la Loi bouddhique. En oeuvrant au sein des réalités de la société de son temps, il illustre la figure du bodhisattva qui donne, par son exemple, la preuve de la grandeur de la Loi bouddhique — tel la fleur de lotus s’épanouissant sur un étang boueux.

Daisaku Ikeda commente : « [Vimalakirti] semble avoir mené la vie épanouie et libre d'un vrai laïc. Il représente même le contraire de l'idéal de l'arhat que s'efforçaient d'atteindre les moines des écoles Theravada. Il est la vivante incarnation de l'esprit du Mahayana, dans son refus du confinement monastique et dans sa recherche d'un épanouissement du bouddhisme dans toutes les couches de la société. »1


Note

  • 1. Une histoire du bouddhisme Mahayana, Les Indes savantes, 2011, p.79.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

 
En poursuivant sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins de navigation, de statistiques de visites, et autres fonctionnalités. En savoir +