Le mont Fuji derrière des cerisiers en fleurs. Par Hokusai. [DR]

Nichikan est né en 1665 à Tatebayashi (préfecture de Gunma, au nord de Tokyo). Issu d’une famille de samouraïs, il reçoit une éducation accomplie, et étudie la philosophie classique chinoise.

Il perd sa mère à l’âge de 9 ans. A 15 ans, il part pour Edo (actuelle ville de Tokyo), pour entrer au service du seigneur Sakai, dont dépendait sa famille. La mort prématurée de sa mère et les bouleversements de la société de l'époque lui donnent une conscience profonde de la nature ephémère du monde et contribuent à son assiduité dans les pratiques religieuses.

Nichikan décide alors de devenir moine. Manifestant un vif désir d’approfondir les enseignements bouddhiques, il réussit à vaincre les réticences de son seigneur et à se délier de son statut de samouraï, pour intégrer, en 1683, le temple Jozaï de l’école Fuji, à Edo.

Un jeune homme à l’esprit brillant

Il devient le disciple du futur 24e administrateur Nichiei Shonin et durant six ans, étudie sous sa direction les enseignements du Tendaï et de Nichiren Daishonin. En 1689, à l’âge de 25 ans, il intègre l’école d’Hosokusa Danrin, institut de formation des moines. Sa remarquable compréhension des enseignements et sa capacité à s’investir dans l’étude lui valurent d’être nommé responsable de cette école en 1708.

Nichikan Shonin se consacre alors à promouvoir l’étude du bouddhisme de Nichiren, donnant des cours sur le Gosho, publiant des exégèses sur les principaux traités et systématisant ses enseignements. Il clarifie les enseignements de différents courants des écoles Nichiren et relance des activités de transmission du bouddhisme.

Nichikan Shonin, administrateur

Nichikan Shonin est nommé 26e administrateur de l’école Fuji en 1718, à l’âge de 54 ans. Il travaille alors à former de nouveaux disciples et restaurer dans l’école une étude sérieuse des enseignements, préparant ainsi l’épanouissement futur du bouddhisme de Nichiren. Cette tâche l’absorbe tant, qu’en 1720 il choisit de réintégrer le centre d’études en tant que maître principal et se démet de sa charge d’administrateur au profit de Nichiyo Shonin (1670-1723). Il se consacre alors à plein temps à ses recherches sur l’enseignement de Shakyamuni et sur le Gosho de Nichiren Daishonin et rédige le Rokkan sho, traité en six volumes.

Quatre ans plus tard, suite à la mort de Nichiyo Shonin, Nichikan Shonin reprend sa fonction d’administrateur, avec la détermination de faire du temple principal le centre reconnu du bouddhisme du Mahayana définitif, Il est à l’origine de la construction de plusieurs bâtiments du temple Taiseki-ji, notamment le Joshodo et l’Ishinobo. Malgré le terrible immobilisme imposé par le système danka1 en matière de propagation, la grande conviction de Nichikan Shonin et la qualité de ses cours sur le Gosho encouragèrent les croyants laïcs à redoubler d'efforts dans leur pratique religieuse.

Les dernières années de Nichikan

Au début de l’année 1726, il revient à Edo, au temple Jozaï où jeune homme, il était entré dans la vie monastique. Il y donne une série de cours sur le Traité sur le véritable objet de vénération. Pressentant que ce serait là ses derniers cours, il y mit tant de lui-même que ses auditeurs en furent profondément émus. De retour au temple principal, en mai, ses forces déclinent considérablement. Aux disciples inquiets qui le priaient de se ménager, il répondit :

« Le Taiseki-ji est prospère maintenant. Les gens qui viennent réciter daimoku sont de plus en plus nombreux. Par conséquent les Trois Grands Ennemis vont inévitablement apparaître. Depuis le printemps dernier, je prie pour repousser les calamités. C’est pourquoi les bouddhas et les divinités m’ont répondu sous la forme du démon de la maladie. Puisque c’est certainement l’application du principe de “l’allègement des rétributions karmiques”, il est inutile de s’en affliger si peu que ce soit. »

Ayant toujours vécu de façon très modeste, épargnant dans tous les domaines, il put faire don d’une importante somme d’argent, dans le but de soutenir les activités des moines dans les régions pauvres et d’entretenir une fondation pour l’éducation des cadets.

Dans la nuit du 18 août, il demanda à ceux qui l’entouraient d’installer un gohonzon à proximité et il leur expliqua comment réciter daimoku pendant qu’il mourait. Puis il leur demanda aussi de préparer des nouilles de sarrasin, son plat favori. Il eut un sourire rayonnant et dit : « C’est magnifique ! Le Palais de la lumière paisible ! » Puis il joignit les mains en prière, face au gohonzon.

Il décéda paisiblement le 19 août 1726, dans les premières heures du matin, à l’âge de 62 ans. Les circonstances de sa mort constituent un exemple remarquable d’un état où “la vie et la mort sont également joyeuses”.

L'oeuvre de Nichikan

Son oeuvre majeure est le Rokkan sho, traité en six volumes dans lequel il y réfute les écoles erronées et redonne au bouddhisme des bases solides, conformes à l’esprit originel de Nichiren Daishonin.

  • Dans les tomes I et II du Rokkan sho, Nichikan Shonin met en lumière la supériorité de l’enseignement fondamental du 16e chapitre (« Durée de la vie ») sur les enseignements théoriques. En effet, il y ressort que le véritable enseignement à propager dans les Derniers jours de la Loi est les Trois grandes lois ésotériques : le Gohonzon (objet de culte), le Kaidan (grand sanctuaire) et le Daimoku (invocation de Nam-myoho-renge-kyo).
  • Le tome III est une explication du Sûtra du Lotus, selon le point de vue du bouddhisme des Trois grandes lois ésotériques.
  • Dans les tomes IV et V, il réfute certaines pratiques qui s’étaient peu à peu installées dans l’école. Les croyants doivent prendre pour objet de culte le Gohonzon et non les statues de Shakyamuni, et réciter les chapitres Hoben (« Moyens opportuns ») et Juryo (« Durée de la vie ») dans leur pratique, au lieu du sûtra tout entier. Sachant que la pratique fondamentale est la récitation de daimoku.
  • Le tome VI, plus spécialement destinés aux moines, détaille les aspects concrets concernant leur vie quotidienne, ainsi que les robes et chapelets.
Sous-jacent à tous ces ouvrages réside l’esprit de transmission de la Loi bouddhique et la conviction que kosen-rufu sera réalisé.

Enfin, Nichikan Shonin fut le premier à proposer une étude rigoureuse et précise du Gosho, fidèle à l’esprit de Nichiren Daishonin. La qualité de son oeuvre reste inégalée dans l’école Fuji.

Josei Toda a un jour déclaré à son propos : « Il n’existe personne qui ait lu le Gosho plus correctement, précisément et sincèrement que Nichikan Shonin. Dans ses écrits, nous trouvons de nombreuses affirmations où transparaît sa conviction et où sont indiquées les lignes directrices pour les disciples de l’avenir, jusqu’au temps de kosen-rufu »

En 1993, le mouvement Soka décida de remettre aux pratiquants des gohonzon reproduits à partir de celui inscrit par Nichikan Shonin.


Note

  • 1. Après un siècle de guerres civiles, le Japon connaît à partir de 1603 une paix durable sous le pouvoir centralisé du Shogunat des Tokugawa. En 1632, le pouvoir centralisé du Shogunat des Tokugawa décide d’asseoir son autorité dans chaque province à travers une réforme complète des structures religieuses et administratives : c’est le système danka. Chaque habitant du Japon était, de façon arbitraire, considéré comme un pratiquant bouddhiste rattaché au temple le plus proche. Les temples délivraient à chaque paroissien (danto) un certificat d’appartenance sans lequel il était impossible de travailler, voyager, ou simplement vivre en paix.
    Ce système eut pour première conséquence d’assurer aux moines des revenus réguliers sans beaucoup d'efforts. La seconde conséquence, plus grave, fut l’arrêt de toute dynamique de transmission des enseignements. Le gouvernement Tokugawa avait interdit tout débat religieux, sous le prétexte que « cela n’équivaut qu’à vanter son propre enseignement et à dénigrer celui des autres écoles », dénotant d'une conception pour le moins superficielle de la religion.
    Face à ce nouveau contexte, le bouddhisme sombre rapidement dans une pesante léthargie, les moines perdant tout esprit de recherche. Durant cette période, les écoles bouddhiques entrent en rivalité dans le but d’accroître leur influence auprès des autorités, avec l’espoir de pouvoir participer aux décisions gouvernementales.

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