La caravane de Marco Polo, anonyme, 1375.

“Route de la soie”, des mots qui font rêver à de longues caravanes traversant les déserts, chargées de tissus précieux, d'épices, d’or et de pierreries... Par cette route, le bouddhisme s’est diffusé de l'Inde jusqu'en Chine, puis d'un côté vers l'Occident et de l'autre jusqu'au Japon.

La route de la soie était bien plus qu'un simple itinéraire emprunté par les marchands entre l'Orient et l'Occident. Quinze siècles d'ambassades, de commerces, de guerres, de périples maritimes, pour comprendre que ce que Marco Polo appelait le Cathay, et ce que les Romains nommais dans l'antiquité “le pays des Sères”, n'était en fait qu'un seul et même pays : la Chine que les portugais “découvrirent” en 1513.

Ce n'est que vers la fin du 19e siècle que l'archéologue Ferdinand von Richthofen donna le nom de “Route de la soie” au fabuleux réseau de communication qui reliait la Chine à l'Occident.

Cette expression, devenue célèbre, recouvre en fait toute l'histoire des échanges entre l'Extrême-Orient et l'Europe à partir du 1er siècle avant notre ère, lorsque les Romains découvrirent la soie. Bien plus qu'un simple itinéraire géographique, la route de la soie fut, en fait, aussi bien une route marchande – celle des épices, du papier ou de la porcelaine – qu'une voie d'échanges intellectuels, techniques ou religieux. Elle fut notamment la voie de progression du bouddhisme de l'Inde vers la Chine et permit également au christianisme d'entrer en Chine.

Les trois itinéraires de la route de la soie

C'est, en fait, des routes de la soie dont on devrait parler. Car, bien sûr, il n'y eut pas un seul et unique itinéraire utilisé par les marchands, les pèlerins bouddhistes, les ambassadeurs, les missionnaires d'Europe et de l'Extrême-Orient.

Trois routes s'ouvrirent au fil des siècles :

  • la route des oasis, reliant les villes caravanières du désert aux zones semi-désertiques de l'Asie centrale ;
  • la route des steppes, route commerciale contrôlée par les tribus nomades se déplaçant à cheval au nord de la route des oasis ;
  • la route maritime du sud, qui reliait la mer de Chine, la mer rouge et la Méditerranée en contournant l'Inde.

La plus connue, la route des oasis

Parmi ces trois routes, la route des oasis est la plus connue, non seulement à cause de son importance dans l'histoire des relations commerciales entre l'Orient et l'Occident, mais aussi parce qu'elle n'est pas ce que l'on pourrait appeler une route “naturelle” ; elle est, au contraire, le fruit d'efforts humains incessants.

Pendant presque mille ans, des voyageurs l'empruntèrent, risquant à chaque fois. Ce n'est que vers la fin du 19e siècle que fois leur vie, souvent dans le but de réaliser un rêve. Les liens entre les hommes et cette route sont, de ce point de vue, plus forts que ceux qui les attachent aux deux autres voies.

Aux yeux des historiens, la route des oasis est une immense trace géographique de l'activité humaine, le long de laquelle des périls naturels de toutes sortes furent surmontés sur des milliers de kilomètres pour finalement former le chemin le plus praticable entre Orient et Occident à travers l'Asie centrale.

La ville de Dunhuang1, en Chine, est l'une des plus célèbres de ces oasis.

L'ouverture de la route de la soie au 1er siècle av. J.-C.

C'est d'abord dans le sens Orient-Occident que s'ouvrit la route de la soie. Inquiété par les tribus d'Asie centrale, l'empereur de Chine, vers 140 av. J.-C., envoya son ambassadeur requérir l'alliance du peuple Yue-Tche contre les Barbares.

C'est à cette occasion que fut découvert un itinéraire qui allait de la Chine aux portes du monde occidental. Des expéditions militaires successives permirent par la suite à la Chine d'étendre son règne en Asie centrale. La traversée de ces régions conquises rendue possible, une voie de première importance était ouverte entre les Chinois et les Parthes, voisins de l'Empire romain qui, lui-même, possédait un réseau routier important jusqu'à la Méditerranée. C'est ainsi que la soie pénètre en Occident (des textes datant du 1er siècle av. J.-C. la mentionnent déjà comme une des principales richesses de la chine jouant même le rôle de monnaie dans les échanges entre la Chine et l'étranger). L'origine mystérieuse de la soie, plus encore que ses qualités, expliquera son succès.

Route de la propagation religieuse

Le développement des échanges sur la route de la soie se traduit alors par un va-et-vient de missions diplomatiques, couvrant parfois de simples transactions commerciales, mais aussi par un mouvement de propagation religieuse.

Le bouddhisme, né en Inde il y a près de trois mille ans, se répand par les mêmes canaux que les échanges commerciaux. À l'origine, discipline réservée aux ascètes, le bouddhisme devait devenir peu à peu une religion de salut universel pratiquée par les laïcs et véhiculée par les marchands. Le bouddhisme s'est probablement d'abord répandu chez les étrangers installés en Chine ou encore chez les Chinois qui s'étaient rendus en Inde. L'intérêt pour le bouddhisme qui, à ce moment-là, se transmettait en Chine suscita une soif de connaissance et un besoin de recourir aux textes originaux ; ce fut la source de nombreux pèlerinages vers l'Inde qui se poursuivront jusqu'au 9e siècle.

À partir du 9e siècle, le bouddhisme entre en décadence en Chine. Entre 843 et 845, sa proscription fut ordonnée par l'empereur Wuzong. Cette grande proscription frappa également les autres religions d'origine étrangère qui avaient atteint la Chine depuis plusieurs siècles (essentiellement des religions d'origine persane : le mazdéisme, le manichéisme et le nestorianisme).

À la différence de ces trois religions, l'islam, qui fut introduit en Chine à partir du milieu du 8e, s'y implanta solidement, même s'il ne toucha que des minorités.

Quant au christianisme, c'est plus tard, aux 13e et 14e siècles qu'il s’introduisit en Chine, à la faveur des échanges commerciaux. Les ambassades missionnaires envoyées à partir du milieu du l3e pour évangéliser les Mongols, s'inscrivirent d'abord dans un mouvement de rapprochement de l'Église romaine avec les Églises d'Orient et de conversion des peuples “païens” d'Asie. En 1245, le pape Innocent IV envoya deux missionnaires chez les Mongols pour tenter de les convertir, sans succès. Plus tard, Louis IX (Saint Louis) tentera lui aussi un rapprochement avec les Mongols, mais cette tentative d'évangélisation se confond alors avec des considérations d'ordre militaire. En fait, à la cour du Grand Khan, aucune religion ne prit le pas sur une autre. Les Mongols adoptèrent des religions différentes en fonction des conditions locales : tandis que certains khans se firent musulmans en Russie méridionale ou en Perse, en Chine, l'empereur mongol, Kubilay Khan (1214-1294), devint bouddhiste.

Brusquement, au 14e siècle, les relations cessèrent entre la Chine et le monde chrétien. Les causes en sont diverses. La première fut sans doute l'épidémie de peste qui ravagea l'Européen 1348. Une autre raison tient à l'affaiblissement du pouvoir mongol en Perse et surtout en Chine.

Marco Polo

On ne peut évoquer la route de la soie sans parler de Marco Polo, figure devenue légendaire. Rusticello de Pise écrivait de lui en 1298 : “Depuis que notre sire Dieu a façonné Adam, notre premier père, et Ève avec ses mains et jusqu'aujourd'hui, oncques ne fut chrétien, sarrasin, païen, tartare, indien, ou autre homme de quelque sorte, qui ait vu, connu, ou étudié autant de choses dans les diverses parties du monde, ni de si grandes merveilles, que le dénommé messire Marco Polo ; nul autre n'y fit autant de voyages, ni n'eut autant d'occasions de voir et de comprendre.”

L'odyssée de Marco Polo, parti en 1271 avec son père et son oncle auprès du Grand Khan, durera vingt-cinq ans et donnera lieu à un livre célèbre : le Devisement du monde parfois appelé le Livre des merveilles.

Le Grand Khan, impressionné par la sagesse et l'érudition du jeune Marco Polo (qui parlait plusieurs langues et connaissait quatre écritures) lui confia un certain nombre de missions. C'est ainsi que Marco Polo demeura dix-sept ans en Asie. Ses activités au service de Kubilay le conduisirent à Canloluc (Pékin), dans la ville du Grand Khan, au Tibet et au Yunnan.

Dans sa description de la Chine, Marco Polo oppose le nord et le sud. Selon qu'ils ont pénétré en Chine par le nord ou par le sud, les voyageurs ne parviennent pas à se rendre compte qu'il s'agit du même pays. Il faudra attendre le début du 17e siècle pour que cette ambiguïté soit totalement levée. De retour à Venise avec son père et son oncle, Marco Polo rencontre Rusticello de Pise, écrivain de cour, et rédige en français, avec son aide, le fameux Devisement du monde dans lequel il relate ses vingt-cinq ans de pérégrinations à travers l'Asie.

L'aventure de Marco Polo n'était pas unique à cette époque, mais, au 13e siècle, les voyages d'Européens en Asie étaient plutôt le fait de missionnaires-marchands, envoyés du pape ou du roi de France. Les trois Polo sont les premiers ayant tenté cette expérience dont on ait gardé la trace.

D'une manière générale, les marchands n'écrivaient pas le récit de leurs voyages. Le grand succès du Livre des merveilles reste dû, en grande partie, à la légende développée à partir du 16e siècle par Govianni-Battista Ramusio qui, en publiant le livre de Marco Polo dans sa grande collection de voyages, voulut en faire une nouvelle Odyssée ...et de Marco Polo un autre Ulysse.

3e Civ' n°548, avril 2007, p. 22-23.


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Note

  • 1. Dunhuang : De 1982 à 1984, le président de la SGI, Daisaku Ikeda, et le directeur de l'Institut de Dunhuang, Duan Wenjie, se sont rencontrés à plusieurs reprises, discutant notamment des échanges culturels existant entre leurs deux pays. Une exposition de photographies du site de Dunhuang a été présentée au musée Fuji de Tokyo en 1985.

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