Statue de Kumarajiva devant le site des grottes des mille bouddhas, Kizil, région du Xinjiang, Chine.

Kumarajiva était un moine indien du IVe siècle. S'entraînant sérieusement dans sa jeunesse, il développa une force intérieure qui lui permit, malgré des conditions adverses, de réaliser une oeuvre immense et devenir le plus grand traducteur de textes bouddhiques en chinois.

L'héritage d'une double culture

Les parents de Kumarajiva sont fortement liés à sa destinée. Kumarayana, son père, appartient à une famille d'une lignée de premiers ministres d'un petit état indien dans l'actuel Cachemire. Kumarayana hérite de la charge paternelle, mais préfère devenir moine bouddhiste. Un jour, il quitte l'Inde, franchit les montagnes escarpées du Pamir, traverse le désert du Taklamakan, jusqu'au royaume bouddhiste de Kucha.1 Le voyage est périlleux, mais Kumarayana est animé par le vœu profond de transmettre le bouddhisme en Chine.

Pendant son séjour au Kucha, le roi empêche Kumarayana de continuer sa route et en fait son conseiller. Jivaka, la jeune sœur du roi, connue pour ses formidables capacités intellectuelles, s’est refusée à tous les prétendants des royaumes voisins. Mais, touchée par la personnalité de Kumarayana, elle demande au roi l'autorisation de l’épouser. Bien qu'il soit moine et ait fait vœu de célibat, le roi fait pression sur lui pour qu'il accepte. N'étant pas en position de refuser, il se voit contraint de consentir au mariage. De leur union naît, vers l’an 344, un garçon auquel chacun des parents donne une partie de son nom : Kumara pour le père et Jiva pour la mère.

Bien que la plupart des enseignements bouddhiques soient depuis longtemps passés de la forme orale à la forme écrite, il est toujours coutume de les réciter et de les savoir par cœur. Ainsi, le jeune Kumarajiva a dû baigner dans les psalmodies d’enseignements bouddhiques depuis sa tendre enfance. Lorsque sa mère décide d'entrer dans la vie monastique, le garçon a sept ans. Il a déjà mémorisé de nombreux textes et sûtras.

Un jeune novice

Kumarajiva suit sa mère et laisse son père toujours au service du roi. La mère de Kumarajiva a vite conscience des capacités exceptionnelles de son fils. Lorsqu’il a neuf ans, elle l'emmène au Cachemire, où il se perfectionne dans la langue de son père et parvient à la maîtrise des sûtras des différentes écoles du Petit Véhicule (Hinayana). Il étudie aussi l’astronomie, la médecine, la logique, etc. Malgré son jeune âge, il excelle dans les débats, et sa renommée va le précéder partout où il se rend. A douze ans, il prend le chemin du retour vers le Kucha en compagnie de Sa mère. Ils s’arrêtent en route dans le royaume du Kashgar, où Kumarajiva se perfectionne dans les langues de la littérature indienne, le sanscrit et le pali.

Il rencontre son futur maître, le moine Sutyasoma. Désarçonné par les propos de ce moine, il découvre les enseignements du Grand Véhicule (Mayahana) et comprend qu'il a encore tout à apprendre du bouddhisme. Il se convertit rapidement et avoue, plus tard, qu'il s'est senti comme une personne qui, ignorant tout de l’or, s'est répandu en louanges sur la splendeur du cuivre. Sutyasoma lui transmet en détail les traités du grand maître Nagarjuna2, afin qu'il comprenne progressivement la profondeur des sûtras du Grand Véhicule. Après une année d’étude intensive, Kumarajiva rentre avec sa mère au Kucha, conscient qu’il devra approfondir le sens de ces sûtras jusqu’à la fin de sa vie. Son maître lui a confié la mission de les propager en Chine.

Jusqu'à sa vingtième année, sa renommée ne cesse de grandir. De nombreux moines d'Asie centrale et de Chine viennent étudier avec lui. À vingt ans, il devient moine. Sa mère part définitivement pour l’Inde. Kumarajiva se prépare à sa mission pendant une dizaine d’année, mais ne sait comment l’aborder, car la situation en Chine est très instable. De nombreuses familles se disputent le trône et forment des dynasties de courte durée. Un de ces chefs de guerre, Fu Chien, installe un centre de traduction des textes bouddhiques dans sa capitale, Chang-an. Connaissant la renommée de Kumarajiva, il va l’inviter à sa manière, en envoyant le général Lu Kuang et son armée conquérir le Kucha et le capturer.

Après la mise à sac de la région, Lu Kuang repart avec son prisonnier vers Chang-an. En cours de route, il apprend que son seigneur a été assassiné. Il décide alors de stopper sa progression et de fonder son propre royaume indépendant. Kumarajiva y restera prisonnier dix-huit ans. Il se retrouve dans la position de son père jadis, incapable de continuer sa route vers la capitale chinoise. Malgré les difficultés et dangers qu'il rencontre, il s'efforce de garde détermination intacte et met cette période à profit pour apprendre la langue et l’écriture chinoises.

Des traductions encore célèbres aujourd'hui

Finalement, la famille Yao au pouvoir envoie une armée libératrice et Kumarajiva fait son entrée à Chang-an en 402, trente ans après son vœu. Le centre de traduction a continué son essor, et Kumarajiva y découvre de nombreux moines érudits qui vont lui faciliter grandement la tâche. Il traduit les textes à la main, devant l'assemblée qui pose des questions, justifiant ici pourquoi il vaut mieux traduire ainsi ; commentant là le sens caché d'un passage ; expliquant ailleurs un concept ardu. Les moines sont enchantés de comprendre enfin des concepts restés obscurs jusque-là. Il va traduire ainsi de nombreux Sûtras et traités.3 Nous lui devons notamment l’excellente traduction du Sûtra du Lotus, le Myoho Renge Kyo4.

Le roi en personne assiste aux séances de travail de Kumarajiva. Subjugué, il pense qu'un homme aussi exceptionnel ne peut mourir sans descendance. Il lui octroie alors un pavillon spécial avec un groupe de danseuses à demeure. Kumarajiva se trouve confronté, encore une fois, au même karma que son père. Il est obligé de rompre son vœu de chasteté. Cette situation le fait souffrir, car elle pourrait jeter un discrédit sur la valeur de son travail. Sur son lit de mort, il déclare que, si ses traductions sont sans erreur, sa langue ne brûlera pas à la crémation. Les personnes assistant à la cérémonie ont attesté l’avoir retrouvée effectivement intacte dans les cendres.

Quoi qu'il en soit, ses traductions demeurent des références encore aujourd'hui, et sont préservées et appréciées pour leur style et leur clarté. Elles ont été à leur tour traduites dans les langues du monde entier.


Notes

  • 1. Koutcha, en transcription française. Il s'agit d'un royaume oasis situé sur la route de la soie, un royaume dévot où le bouddhisme a la première place.
  • 2. Nagarjuna (entre 150 et 250) est un grand maître du bouddhisme Mahayana. Il est considéré comme le quatorzième successeur du bouddha Shakyamuni. Il est l'auteur de grands traités, notamment sur la voie du milieu et le concept de non-substantialité.
  • 3. Selon les chroniques, il aurait traduit une cinquantaine d'ouvrages en une période de huit ou de douze ans seulement. La date de sa mort n'est pas certaine.
  • 4. Titre du Sûtra du Lotus.

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