En bouddhisme, le karma est parfois comparé à un torrent de montagne. [©perry_maurice /CC]

Le destin existe-t-il ? Pouvons-nous le changer ? Le bouddhisme de Nichiren nous permet de révolutionner notre état de vie intérieur, afin de changer le cours de notre existence et construire un bonheur qu’aucun coup du sort ne peut détruire...

La causalité à travers le passé, le présent et l'avenir

Diverses situations et circonstances, heureuses ou malheureuses, se présentent au cours de notre vie. Si certaines sont clairement la conséquence de nos actes, de nos jugements ou de nos décisions dans cette vie présente, d’autres apparaissent sans que nous puissions en trouver la cause. Parfois, face à l'adversité, il nous arrive de nous demander : « Pourquoi dois-je subir de telles souffrances, alors que je n'ai rien fait de mal ? »

Le bouddhisme envisage la vie comme un cycle d’existences successives se poursuivant éternellement, à travers vie et mort. Ainsi, les événements qui apparaissent au présent peuvent être les effets d’actes posés dans nos vies passées. De même, les actes que l'on pose maintenant créent des causes qui déterminent nos circonstances futures. Comme il est dit dans le Sûtra de la contemplation sur les étapes de l'esprit :

Si vous voulez comprendre les causes créées par le passé, observez les résultats qui se manifestent dans le présent. Et si vous voulez comprendre les résultats qui se manifesteront à l’avenir, observez les causes créées dans le présent.

Ainsi, selon le bouddhisme, la loi de causalité parcourt les trois phases de la vie (passé, présent et futur), le présent jouant le rôle déterminant. Dans ce cadre, le karma désigne l’accumulation des diverses causes et effets à l’œuvre dans notre vie, qu’elles soient manifestes ou encore latentes.

Comment se forme le karma ?

« Karma » est un mot sanskrit qui signifie originellement « acte ». Selon le bouddhisme, nous créons le karma de trois façons : par la pensée, la parole et l’action. Bien entendu, les actions ont un impact plus grand que les mots, qui eux-mêmes créent davantage de karma que les simples pensées. Néanmoins, puisque ces trois actes ont pour source notre esprit, ou coeur, l'« orientation » de ce dernier - notre attitude fondamentale ou disposition intérieure - est d’une importance cruciale.

Le karma recouvre deux aspects : positif et négatif. Toutefois, le mot « karma » est généralement évoqué pour designer le « mauvais » karma, qui est la source des souffrances dans la vie actuelle. Selon ce principe de causalité, les causes négatives ont pour effet la souffrance et les causes positives produisent des effets heureux.

Néanmoins, si l'on s'en tient à cette vision étroite des choses, il n’y a pas d'autre issue que d’expier l'une après l'autre les mauvaises causes du passé, et de tenter d'en créer de bonnes afin d’améliorer notre condition, vie après vie. C’est là une vision fataliste, dénuée de tout espoir... A l’inverse, le bouddhisme de Nichiren met l'accent sur la transformation du karma, c'est-à-dire comment changer radicalement la chaîne de la causalité du karma.

La racine du karma négatif

Dans la Lettre de Sado, Nichiren Daishonin relate les grandes difficultés qu’il rencontre et précise :

Cependant, mes souffrances ne sont pas imputables à cette loi de causalité. Dans le passé j'ai méprisé les pratiquants du Sûtra du Lotus.
La Lettre de Sado, Écrits, 308.

Autrement dit, Nichiren Daishonin explique que, en définitive, la source du karma négatif n’est autre que l'opposition à l’égard de la loi de la vie, ou Loi merveilleuse, contenue dans le Sûtra du Lotus, qui enseigne l’atteinte de la bouddhéité pour tous. Le principe de la transformation du karma exposé par Nichiren Daishonin consiste à éradiquer la source même du karma négatif, en s’efforçant de croire en la Loi merveilleuse, de la mettre en pratique, de la protéger et de la transmettre.

La récitation du Daimoku de Nam-myoho-renge-kyo a pour effet de transformer notre karma au niveau le plus profond afin de libérer notre plus grand potentiel humain au cours de cette vie et au-delà. Nous pouvons réorienter le cours de notre vie ici et maintenant, en mettant en œuvre le principe de la simultanéité de la cause et de l’effet contenu dans cette Loi. C’est l’enseignement du plus grand espoir.

Ceux qui croient dans le Sûtra du Lotus vivent comme en hiver, mais l'hiver se transforme toujours en printemps. Jamais, depuis les temps anciens, personne n'a vu ni entendu dire que l'hiver s’était transformé en automne. De même, jamais nous n'avons entendu parler d'un croyant du Sûtra du Lotus qui se soit transformé en être ordinaire.
Nichiren, L'hiver se transforme toujours en printemps, Écrits, 539.

L’allégement des rétributions karmiques

Pour autant, il est certain que malgré nos efforts, nous devrons faire face à diverses épreuves et souffrances au cours de notre vie. En effet, les obstacles ne manquent pas d’apparaître pour entraver notre progression.

Nichiren Daishonin nous enseigne que rencontrer de telles difficultés et souffrances constitue un bienfait, car c’est ce qui nous permet de transformer notre karma. C’est le principe de l’allègement des rétributions karmiques (jap.: tenju kyoju).

Ce principe signifie que, bien que nous devions subir les effets de causes négatives, celles-ci se font ressentir à un degré moindre. Au lieu de la pleine rétribution karmique, lorsque nous nous dédions à la Loi merveilleuse qui existe dans notre propre vie, nous pouvons recevoir ces rétributions de manière allégée.

Forts de l’état de vie de la bouddhéité, les difficultés deviennent ainsi autant d’occasions significatives d'effacer notre karma négatif et de fortifier notre vie intérieure. À ce propos, Nichiren Daishonin écrit :

Le fer chauffé dans les flammes et martelé peut devenir un bon sabre. Les personnes de valeur et les sages sont mis à l’épreuve par les mauvais traitements. Mon exil actuel n’est pas dû à un crime séculier. C’est seulement de cette façon que je pourrai expier en cette vie mes graves fautes passées et me libérer dans la prochaine des trois mauvaises voies.
La Lettre de Sado, Écrits, 306.

Le choix délibéré du karma qui convient

Ainsi, à la lumière de ce principe, le sens-même des difficultés liées au karma change. Le Sûtra du Lotus expose le principe du choix délibéré du karma qui convient (jap.: ganken o go) selon lequel, alors qu’une personne ordinaire renaît selon son karma (go-sho), un bodhisattva renaît en raison de son vœu (gan-sho).

Cela signifie qu’un bodhisattva, qui a accumulé beaucoup de bonne fortune, abandonne néanmoins ses bienfaits pour renaître dans ce monde troublé, parmi les êtres qui souffrent. Par compassion, il partage les mêmes souffrances que les personnes en proie à leur karma négatif.

Le vœu du bodhisattva consiste à sauver les personnes en partageant leurs difficultés, pour leur montrer la manière de les surmonter. Daisaku Ikeda utilise l’expression « changer le karma en mission » pour expliquer ce mode de vie. Il écrit : « Chaque personne a un karma. Néanmoins, si nous regardons notre karma en face et retournons au sens de sa nature fondamentale, nous comprendrons que n’importe quel karma est là pour nous permettre de révolutionner notre propre vie. Ainsi, l'attitude consistant à combattre notre propre karma devient un modèle pour tout le monde.
Autrement dit, lorsque nous changeons notre karma en mission, l'influence de ce karma va radicalement évoluer du mal vers le bien. Nous pouvons dire qu’une personne qui “change son karma en mission” vit le principe du “choix délibéré du karma qui convient”. Pour cette raison, celui qui avance jusqu'au bout, en acceptant tout comme sa mission, progressera sur la voie victorieuse de la transformation du karma. »


Adapté de « La transformation du karma », Valeurs humaines n°40, février 2014, pp.10-12.

Commentaires   

0 #1 Jean-Luc 28-01-2017 18:55
Bonjour. Quelle est la signification des mots VIKARMA et AKARMA ...notés dans les textes védiques? J'ai cru comprendre que Vikarma désigne les actes contraires au Dharma, Akarma les actes qui n'entraînent aucune réaction. Karma désigne les actes entraînant des réactions heureuses qui mènent à une évolution aux plans édéniques non la réalisation ultime (selon les Védas toujours)...?
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