Le dialogue à la portée de tous (ou presque), Dennis Gira, Bayard, 2012.

Théologien catholique et spécialiste du bouddhisme, Dennis Gira est engagé dans le dialogue interreligieux. Il a expérimenté les joies, mais aussi les écueils d’un authentique dialogue. Son dernier livre en témoigne.

Dans Le dialogue à la portée de tous (ou presque), Dennis Gira précise d'emblée que le véritable dialogue n'est pas une simple conversation, encore moins une négociation ou un débat qui aboutirait à un gagnant et un perdant. Le dialogue est plus exigeant, c'est une expérience qui se vit sur le long terme et qui demande de la profondeur, c'est un moyen de gagner en humanité.

Le propos du livre est organisé en trois grandes parties : les cinq règles d'or pour mieux vivre le dialogue, les cinq ennemis du dialogue (la peur, le silence, l'orgueil...) qu’il faut identifier pour pouvoir les vaincre et les cinq amis du dialogue (le respect, l'écoute, l'humilité...). Chacune de ces propositions est développée et illustrée par des exemples très concrets et vivants qu’il a puisés dans ses propres expériences et notamment dans ses nombreux dialogues avec les bouddhistes. D'origine nord-américaine, l'auteur a vécu huit ans au Japon et expérimenté la découverte des autres cultures. Il vit depuis de nombreuses années en France.

« Je sais de quoi je parle »

Voici l'exemple d’un thème abordé par le livre. L'un des ennemis du dialogue est identifié comme étant le « savoir ». La connaissance de sa propre tradition est indispensable, et pourtant, le « savoir » peut être un danger, quand il se manifeste sous la forme du « Je sais de quoi je parle ». D’autant plus quand celui qui parle ainsi jauge la foi ou les idées de ceux qui croient ou pensent différemment. Pour illustrer cet écueil, l’auteur relate une table ronde avec un bouddhiste tibétain parlant négativement du christianisme, dans lequel il avait été élevé, en n’en mentionnant que les aspects qui l'avaient déçu. Dennis Gira évoque aussi une rencontre, il y a 15 ans, avec une jeune bouddhiste du mouvement Soka en France, invitée dans une paroisse à témoigner de sa foi après ait fait une conférence sur les différentes traditions du bouddhisme. Elle dit alors que sa religion, le « vrai bouddhisme », n'avait rien à voir avec ce qui venait d’être exposé. Elle racontait son expérience, tout en connaissant peu le bouddhisme de Nichiren et rien des autres traditions qu'elle qualifiait négativement. Ainsi toute possibilité de dialogue était écartée, sûre qu’elle était de « savoir de quoi elle parlait ».

L'auteur précise que le mouvement Soka a changé, souhaitant mieux s’intégrer au monde bouddhique, mais cette anecdote peut nous servir à nous questionner, en tant que pratiquant bouddhiste, sur notre façon de dialoguer et de parler de notre croyance. Suis-je prêt, sur la base de ma propre conviction, à apprendre de l'autre et à véritablement échanger ?

Appliquant à lui-même ce qu’il propose, Dennis Gira a déclare à l'occasion de la sortie de son livre : « Si je suis le point de référence, il n'y a pas de dialogue : l'autre disparaît. »1

Au fil de son livre, l'auteur développe un regard ouvert, bienveillant et plein d’humour, mais jamais complaisant. Un livre qui nous invite à réfléchir à notre attitude dans le dialogue aussi bien en famille, avec nos collègues, dans notre couple, ou dans notre réunion de discussion, afin de vivre en « êtres de dialogue », la où nous sommes.


Valeurs humaines n°21-22, juillet-août 2012, p. 24.

Note

  • 1. « Le dialogue est une manière d'être », Le Pèlerin, 3 mai 2012, p. 6.

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Commentaires   
+1 #1 founou 05-11-2014 11:57
je veux dialoguer avec les gens mais je ne sais pas comment commencer? que faire?
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