John Avery, lors d'une conférence scientifique Pugwash, 2006. [© Libb Thims /Wikimedia-CC]

Depuis toujours, une double vocation imprègne la vie de John Scales Avery : la recherche scientifique et l’intérêt pour des relations fraternelles pluri-culturelles. D’où naîtront une activité de spécialiste en chimie quantique et une contribution active à la paix.

Comment concilier une activité de chercheur scientifique et un engagement résolu pour la paix mondiale, quand leurs finalités s’opposent ? De nombreux scientifiques sont confrontés à ce dilemme, comme Andreï Sakharov et Joseph Rotblat (voir ci-contre) qui, chacun d’un côté du Rideau de fer, ont choisi, puis mené à son terme, leur exigeant engagement pacifiste. John Scales Avery, une génération plus tard, trace sa propre route, lui aussi, au coeur des problématiques de son époque.

Une contribution fondée sur l’harmonie

De son enfance, au Liban puis en Iran, où s’installent successivement ses parents chercheurs scientifiques expatriés, John Scales Avery garde des souvenirs enchantés de ces régions dans les années 30 et 40. Il cite volontiers l’école presbytérienne de Téhéran où il découvre un esprit de camaraderie sans faille et une harmonie parfaite au sein de cette communauté faite de nombreuses nationalités et religions, parmi les enfants des diplomates et autres expatriés. Mais les deux fils Avery doivent quitter la chaleureuse hospitalité moyen-orientale pour poursuivre leurs études dans une pension du Massachusetts. John s’oriente vers la physique, puis la chimie théorique pour finir son cursus universitaire à Londres, où il obtient son doctorat, en 1965.

Il demeure dans la capitale anglaise jusqu’en 1972 et y écrit son premier essai. D’autres ouvrages suivront dont Information Theory and Evolution, publié en 2003. L’auteur y associe la théorie de l’information avec la thermodynamique pour expliquer le phénomène de la vie, ses origines et son évolution. À ce jour, il est également l’auteur de plus de cent trente articles scientifiques. Installé au Danemark depuis 1973, John Avery rejoint le H.C. Ørsted Institute1 de l’Université de Copenhague qu’il ne quittera plus. Il devient un chimiste théorique connu pour ses recherches en chimie quantique, en thermodynamique, sur l’évolution et sur l’histoire de la science.

Une contribution fondée sur la paix

John Avery est aussi un militant de la paix dans le monde. Son engagement pacifiste se révèle alors qu’il est jeune étudiant à Chicago puis à Londres où il devient membre de la British Association for Social Responsability in Science. Etabli au Danemark, il s’implique dans l’organisation d’un cours d’été intitulé Towards a non-violent society.2 En 1989, lors de la première session des cours d’été « Sciences et société », Avery propose aux étudiants scientifiques de développer un sentiment de responsabilité socia’e. Ainsi suit-il les tra- ces de Joseph Rotblat, fermement convaincu que les scientifiques doivent avoir un code de conduite morale, qui puisse les mener à sauver des vies, et non à en détruire.

De 1988 à 1995, conseiller de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), John Avery établit une bibliographie traitant des effets de la guerre sur la santé, et participe à des réunions destinées à fixer les objectifs de l’OMS en Europe.

Au début des années 90, il rejoint le mouvement Pugwash Conferences on Sciences and World Affairs (PSCWA, voir ci-contre) dont il devient le représentant au Danemark. En 1995, cinquante ans après le largage de la première bombe atomique sur le Japon, PCSWA et Joseph Rotblat reçoivent le prix Nobel de la paix pour l’ensemble de leurs travaux menés depuis quarante ans.

John Avery poursuit sans relâche, aujourd’hui encore, son engagement pour la paix, à la fois en participant aux Conférences Pugwash et du Danish Peace Academy dont il est devenu président, en 2004. « Je pense que nous vivons dans une période de crise de civilisation et que tout le monde devrait donner une priorité absolue à la grande mission d’abolir la guerre. »3


Tiré de Valeurs humaines n°6, avril 2011, pp. 22-23.



Notes

  • 1. Ørsted Institute: cet institut regroupe les départements de chimie, de mathématiques et une partie de la physique...
  • 2. Trad Vers une société non violente.
  • 3. La citation est extraite de: www.learndev.org.

Sur les traces de Joseph Rotblat (1908-2005)

Joseph Rotblat fait partie de l’équipe de scientifiques qui, aux États-Unis, met au point la première bombe atomique. Se désolidarisant, dès la fin 1944, du programme nucléaire aux visées destructrices, il rentre en Angleterre où il devient directeur de recherche en physique nucléaire à des fins médicales, ainsi qu’un inlassable promoteur de l’abolition des armes nucléaires. Cofondateur, en 195?, des Conférences Pugwash, il reçoit, successivement, le prix Albert-Einstein pour la paix en 1992, et le prix Nobel de la paix en 1995. Dans son allocution de remerciements, lors de la cérémonie de remise du prix Nobel, il aura ces mots mémorables : « Souvenez-vous de votre humanité... » Joseph Rotblat et Daisaku Ikeda se sont rencontrés; ils ont aussi engagé un dialogue, édité en 2007 sous le titre A Ouest for global peace.
Source : www.pugwash.org

J.S. Avery et D. Ikeda, A Ouest for global peace, éditions I.B. Tauris


PCSWA - Les Conférences Pugwash sur la science et les affaires mondiales

Cette organisation internationale oeuvre à la réduction des conflits armés et à la recherche de solutions face aux menaces de conflits. Elle réunit des scientifiques et des intellectuels de premier plan, ainsi que des personnages publics. En continuité avec le Manifeste Russel-Einstein qui, en 1955, interpellait sur les dangers des armes nucléaires, le physicien Joseph Rotblat et le philosophe Bertrand Russel organisent, en 1957, un congrès à Pugwash, au Canada. Dans le contexte de la guerre froide (la crise de Berlin, celle des missiles de Cuba, l’invasion de la Tchécoslovaquie, la guerre du Vietnam...) et tout au long des cinquante dernières années, le mouvement Pugwash fournit tout un travail préparatoire qui a permis d’établir des traités de paix et sur les armes.
En 1995, l’organisation Pugwash et Joseph Rotblat reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix « pour leurs efforts à diminuer la part jouée parles armes nucléaires dans les événements politiques internationaux et, à plus long terme, à éliminer ces armes ».
Source : www.pugwash.org

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